À l’Université Félix Houphouët-Boigny, le 16 septembre 2026, l’ASCAD a accueilli une conférence du Professeur HAUHOUOT Asseypo Célestin. Elle était consacrée à la mobilité du trait de côte et à la gestion des risques côtiers en Côte d’Ivoire.
En présence de son père, M. Antoine HAUHOUOT ASSEYPO, du Professeur Pierre KIPRÉ, de Mme Denise COFFI HOUPHOUËT-BOIGNY et de l’ensemble des membres de l’Académie, cette rencontre a offert un éclairage scientifique majeur. Cela, sur un enjeu à la fois environnemental, économique, social et patrimonial.
Une expertise fondée sur plus de vingt ans de recherche
Professeur de géographie à l’Université Félix Houphouët-Boigny, chercheur à l’Institut de Géographie Tropicale (IGT) et au Laboratoire LATIG, le Professeur HAUHOUOT Asseypo Célestin a présenté les résultats de plus de vingt années de recherches consacrées à l’évolution du littoral ivoirien.
À partir d’images satellitaires, de mesures de terrain et d’outils scientifiques de suivi du trait de côte, son étude permet de distinguer les secteurs soumis à l’érosion. Les secteurs qui demeurent stables et ceux qui connaissent une progression du rivage.
Un littoral ivoirien contrasté
Avec 566 kilomètres de côtes, la Côte d’Ivoire est particulièrement exposée aux dynamiques qui affectent le littoral ouest-africain. Le conférencier a toutefois souligné que cette évolution n’est pas uniforme.
Les observations récentes montrent une relative stabilité de plusieurs secteurs. Certaines zones demeurent néanmoins particulièrement vulnérables. Le secteur Abidjan–Grand-Bassam constitue ainsi un point critique que marque une érosion persistante et des reculs importants lors de fortes agitations marines.
San Pedro et Grand-Béréby présentent également des signes préoccupants. Tandis que certains secteurs de Fresco-Assagny et de l’Est ivoirien connaissent des phénomènes d’accrétion liés notamment à la dynamique des embouchures.

Un phénomène aux causes multiples
L’érosion côtière résulte d’abord d’un déficit sédimentaire structurel, les stocks de sable étant progressivement redistribués par la houle sans renouvellement suffisant.
À cette dynamique naturelle s’ajoutent les effets des activités humaines : barrages, infrastructures portuaires, extraction de sable et différents aménagements qui modifient les flux sédimentaires. Le changement climatique, notamment l’élévation du niveau marin, constitue un facteur aggravant.
Les conséquences dépassent largement le domaine environnemental. Elles touchent les populations, l’habitat, la pêche, le tourisme ainsi que des infrastructures économiques et stratégiques.
Grand-Bassam et Grand-Lahou : deux réponses adaptées
Le Professeur HAUHOUOT a illustré son propos par deux expériences majeures.
À Grand-Bassam, la réouverture de l’embouchure du Comoé a permis de restaurer certains équilibres. Tout en faisant apparaître de nouvelles zones d’érosion nécessitant un suivi et un entretien réguliers.
À Grand-Lahou, la stabilisation du cordon de Lahou-Kpanda et la restauration de la mangrove ont permis de contenir la migration de l’embouchure qui menaçait le village.
Ces deux exemples démontrent qu’il n’existe pas de solution unique et définitive. Chaque espace littoral exige une réponse adaptée et un suivi scientifique continu.
Anticiper pour mieux protéger
Au terme de son exposé, le Professeur HAUHOUOT Asseypo Célestin a préconisé la mise en place d’un système national de gestion du trait de côte. Lequel sera fondé sur l’observation permanente, l’anticipation et des solutions durables.
Il a également insisté sur la nécessité d’une démarche collective associant collectivités territoriales, populations, associations, acteurs économiques et institutions scientifiques.
Cette conférence a ainsi constitué un temps fort de la vie intellectuelle de l’ASCAD. Elle a permis de mettre en lumière une recherche ivoirienne construite dans la durée et directement articulée aux préoccupations de la société.
Au-delà de la géographie, la réflexion posée par le Professeur HAUHOUOT interroge notre rapport au territoire, à l’environnement et au patrimoine. Elle rappelle surtout qu’une connaissance approfondie du littoral constitue une condition essentielle pour mieux le protéger et le transmettre aux générations futures.
AK
POUVOIRS MAGAZINE

