Dans la guerre qui l’oppose à la paire États-Unis-Israël, l’Iran vient de marquer un point important.
En effet, le vendredi 11 septembre, les rebelles houthis yéménites, qui lui sont proches, prennent le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb après avoir, coup sur coup, pris la ville portuaire de Mokha et l’île de Perim.
En faisant ainsi main basse sur 12 % du commerce maritime mondial et en entravant l’acheminement de 6 millions de barils de pétrole par jour, l’Iran pose une action d’une grande portée stratégique. Il déplace le conflit et modifie la donne car, en plus des autres pays du Golfe arabique, l’Arabie Saoudite, directement visée par cette manœuvre, voit ses navires interdits d’accès.
Et l’Afrique est aussi concernée.
Oui. En effet, l’Égypte connaîtra des perturbations au niveau du canal de Suez. Le Soudan souffrira de graves difficultés d’approvisionnement en vivres, lui qui connaît la plus grave famine depuis le début de cette guerre fratricide entre les FSR du général Hemedti et l’armée régulière du général Al-Burhane.
En plus, le pouvoir de Khartoum devra maintenant conclure définitivement et rapidement l’accord qui permettra à la Russie d’installer une base militaire navale. Cet élément permettra peut-être d’équilibrer la situation à Djibouti, qui héberge, pour des intérêts économiques et stratégiques, sept bases militaires de puissances étrangères, allant de la Chine à la France, en passant par les États-Unis, le Japon, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne.
Une concentration économique et militaire qui vise à maintenir ouvert le détroit de Bab el-Mandeb.
En l’espèce, la question qui se pose est de savoir quelle sera la réaction de ces forces en présence.
En creux, l’Éthiopie risque une asphyxie, car 95 % de ses importations et 80 % de ses exportations passent par Djibouti. Toute perturbation risque de porter un handicap sérieux à la vie quotidienne en Éthiopie. Et, à la recherche de débouchés, elle pourrait ouvrir un nouveau front avec l’Érythrée.
Résultat de ce remue-ménage dans un grand bazar : l’Iran maîtrise globalement, en plus des 20 % du trafic maritime par la mainmise sur le détroit d’Ormuz, les 12 % du détroit de Bab el-Mandeb.
Le cours du Brent a passé la barre des 100 dollars pour se placer à 106 dollars US.
L’Arabie Saoudite, qui subit des escarmouches des Houthis du Yémen, auréolés de leur récente victoire, n’a, pour l’instant, pas le soutien de Washington, qui évite d’ouvrir un nouveau front à un mois des midterms.
Dans ce jeu d’échecs, les choses semblent tourner légèrement à l’avantage du régime des mollahs et de ses proxies, et le front porte des feux nouveaux sur l’Afrique.
Tama César
POUVOIRS MAGAZINE

