Au cœur d’une messe solennelle, l’archevêque d’Abidjan s’élève contre un monde gouverné par l’avidité plutôt que la justice.
Ignace Bessi fustige la complicité des élites mondiales, incapables de renoncer à leurs privilèges pour sauver une humanité au bord du gouffre.
Dans une cathédrale assombrie par les nouvelles du monde, le cardinal Bessi parle d’un monde étouffé par les égoïsmes d’en haut.
Le prélat d’Abidjan, figure spirituelle respectée, condamne des dirigeants prêts à tout sauf à sacrifier leurs privilèges pour la paix.
« Il y a la guerre partout parce que personne ne veut perdre un privilège », s’indigne-t-il d’un ton grave et solennel.
Face à des fidèles silencieux, il compare l’orgueil politique à une lèpre moderne, dévorant la chair de notre humanité commune.
Il cite le pape François comme un phare isolé dans l’épaisse nuit de la géopolitique et des orgueils continentaux persistants.
L’autorité, dit-il, qu’elle soit religieuse ou politique, doit s’oublier elle-même pour servir ceux qui n’ont même plus de pain.
Le cardinal accuse, sans nommer, ceux qui préfèrent les profits de la guerre au prix d’enfants démembrés et de veuves silencieuses.
Dans sa voix, une colère froide, un feu maîtrisé, mais alimenté par des années d’observation du mensonge des puissants.
Il évoque la « vraie autorité », celle qui se dépouille, celle qui se penche, celle qui sert sans demander d’abord.
La nouvelle année pastorale, selon lui, sera tournée vers les oubliés, les pauvres, les orphelins, et les veuves sans pension.
Il veut une Église qui ne quémande pas, mais qui agit, qui ne prie pas seulement, mais qui se bat.
L’autonomie ecclésiale ne signifie pas indépendance, mais responsabilité : rendre compte aux hommes autant qu’à Dieu, avec transparence et courage.
Quatre jours d’ateliers n’ont pas produit de slogans, mais des feuilles de route vers une Église debout, mais les mains tendues.
L’archevêque n’invente pas un monde nouveau : il rappelle que l’amour du pouvoir est incompatible avec la paix des peuples.
Il appelle les gouvernants à se convertir, non par religion, mais par raison : pour que leurs peuples survivent à demain.
À la fin de la messe, les visages sont graves : même les chants paraissent lourds du poids des vérités entendues.
Ignace Bessi n’a pas parlé comme un diplomate, mais comme un prophète fatigué de bénir les habits tachés de sang.
L’Église, dit-il, ne sera pas neutre dans un monde qui saigne ; elle choisira toujours le camp des crucifiés.
Ce cri lancé depuis Abidjan résonne comme un tambour lointain, appelant les cœurs endormis à s’éveiller, avant qu’il ne soit trop tard.
Et si ce cardinal était la dernière voix avant que le silence des bombes n’éteigne définitivement celle de Dieu lui-même ?
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

