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Portrait. JEAN-CHRISTOPHE TATON, LE COMMANDANT D’ANTHÔMAN QUI VENAIT DES VIGNES

Il aurait pu ne connaître que les saisons, les vendanges et les forêts de Bourgogne. Le cinéma en a décidé autrement.

Son enfance n’a rien d’un scénario de cinéma. Elle en possède pourtant déjà tous les ingrédients : des personnages, des paysages, des silences, des gestes et surtout cette matière humaine qui, plus tard, nourrira son regard de comédien.

Fils aîné, il accompagne son père dans le tracteur, nourrit le troupeau, parcourt les forêts, joue également au football. Il apprend sans le savoir à regarder les hommes dans leurs gestes.

De la terre aux plateaux, des vignes à la Côte d’Ivoire, Jean-Christophe Taton avance avec une qualité devenue rare. Il ne joue pas à être un autre homme, il apporte à chaque personnage les hommes qu’il a déjà été.

Né dans une famille d’agriculteurs en Bourgogne, il grandit au milieu des siens. Dans ce monde où l’on apprend très tôt que les choses ne se font jamais toutes seules.

Un père qui fourmille de projets. Une mère qui travaille sur la ferme et tient la maison. Un frère avec lequel il partage la chambre, les jeux et les premières complicités. Et autour d’eux, les vaches charolaises, les champs, les bois, les chemins familiers.

LA TERRE AVANT LES PROJECTEURS

Jean-Christophe Taton choisit d’abord la voie qui semble naturellement tracée.

Les études agricoles. Puis l’entreprise familiale. À vingt et un ans, il devient viticulteur. Mais la Bourgogne ne sera pas une frontière. Une machine à vendanger près de Genève lui ouvre une première fenêtre sur l’ailleurs. Puis viennent l’Afrique du Sud, l’Italie, l’Australie et plusieurs régions françaises. À vingt-deux ans, il travaille deux mois en Australie pour une entreprise étrangère. Le jeune homme découvre alors une vérité qui ne le quittera plus :

LE MONDE EST PLUS GRAND QUE LE TERRITOIRE DANS LEQUEL ON EST NÉ.

Cette phrase pourrait presque résumer son existence. Car Taton n’a jamais semblé vouloir rompre avec son passé. Il veut l’élargir.

ET PUIS, UN JOUR, LA CAMÉRA

Le cinéma ne lui tombe pas dessus comme une vocation. Il arrive par une rencontre. Une amie de son père lui permet de participer comme figurant à un long métrage. Il découvre un plateau. Des dizaines de personnes s’activent. Certains installent, d’autres éclairent, d’autres attendent, d’autres jouent. Une étrange fourmilière. Et quelque chose lui plaît immédiatement.

Cette agitation ressemble à une troupe.

Le théâtre lui ouvre alors une autre porte.

Deux vignerons de sa région, eux-mêmes comédiens dans une compagnie professionnelle, l’introduisent dans cet univers.

Taton entre dans la troupe. Il y reste, joue, apprend. Puis viennent les figurations, les castings, les courts métrages amateurs.

L’acteur apparaît progressivement. Pas de rupture, ni de  grand renoncement.

Simplement une nouvelle branche sur un arbre déjà solidement enraciné.

L’HOMME QUI N’A JAMAIS QUITTÉ LA TERRE

C’est probablement ici que réside le secret de Jean-Christophe Taton. Il n’a jamais totalement quitté son premier métier.

Aujourd’hui encore, lorsqu’il n’est pas devant une caméra, il travaille dans le secteur forestier.

Il coupe du bois, élague, travaille avec son corps. La forêt lui apporte ce que le cinéma ne peut pas toujours donner : le silence, la solitude, la matière. Et peut-être aussi l’équilibre.

À L’ÉCRAN, IL INTERPRÈTE. DANS LA FORÊT, IL AGIT.

Deux mondes apparemment opposés. En réalité, deux façons de rester profondément vivant.

LE COMMANDANT : LA RENCONTRE D’UN HOMME ET D’UN PERSONNAGE

Dans Anthoman, de Trabi, Jean-Christophe Taton interprète le Commandant.

Un personnage d’autorité, certes, mais dont l’intérêt réside surtout dans ce que l’acteur lui apporte.

Taton vient avec une histoire faite de travail, de responsabilités, de voyages et de rencontres.

Il connaît les hommes de terrain, ceux qui décident, avancent et assument sans nécessairement parler beaucoup.

Il connaît aussi l’inconnu, pour l’avoir affronté sur les routes d’Australie, d’Afrique du Sud ou encore de Côte d’Ivoire.

Autant d’expériences qui ne se montrent pas, mais qui peuvent nourrir un regard, une posture, un silence.

Le Commandant n’est donc pas un double de Taton.

Il est plutôt l’un de ces personnages qui permettent à l’acteur de révéler, presque malgré lui, une part de ce qu’il porte.

Taton n’a pas appris à vivre pour devenir comédien.
Il a vécu, puis le cinéma lui a demandé d’en faire quelque chose.

ALEX KIPRE

photos: dr

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