Vingt-quatre ans après la disparition de Marcellin Yacé, Martial Asseme et Hervé Blédé reviennent sur les choix éditoriaux. Ceux qui ont guidé leur ouvrage « Marcellin Yacé, la musique dans le sang ».
Les deux auteurs expliquent notamment l’absence de certains témoignages, le choix du noir et blanc, leur approche du parcours de l’artiste ainsi que la place accordée à ses ayants droit.
POUVOIRS MAGAZINE : Son frère Adolphe et ses meilleurs amis George Aziz, Don Kareem sont absents du livre. Pourquoi ?
MARTIAL ASSEME & HERVÉ BLÉDÉ : Leurs noms sont bien présents à différents endroits du livre, parce qu’ils ont fait partie de la vie de Marcellin Yacé. En revanche, ils n’apparaissent pas dans la partie consacrée aux témoignages parce que, malgré nos sollicitations, ils n’ont pas été disponibles dans les délais impartis.
On a réalisé le livre en tenant compte d’un calendrier particulièrement serré. Nous aurions évidemment apprécié recueillir leurs témoignages, mais nous avons dû avancer avec les personnes qui ont pu se rendre disponibles. Leur absence dans cette partie du livre ne signifie donc nullement qu’ils aient été oubliés ou écartés de notre démarche.
Nous avons fait notre part.
POUVOIRS MAGAZINE : Yacé incarnait la couleur et la modernité. En choisissant le noir et blanc, ne l’enterrez-vous pas une seconde fois dans une nostalgie poussiéreuse ?
MARTIAL ASSEME & HERVÉ BLÉDÉ : Au contraire. Le choix du noir et blanc est précisément une manière de souligner le caractère intemporel de Marcellin Yacé et de son œuvre.
Marcellin a traversé plusieurs époques charnières de la culture ivoirienne et s’y est imposé par son génie, sa créativité et son savoir-faire. Le noir et blanc nous permettait de créer une esthétique à la fois sobre, élégante et intemporelle, sans enfermer l’artiste dans une époque.
Il ne s’agit donc pas de regarder Marcellin dans le rétroviseur, mais de rappeler que certaines œuvres et certains parcours dépassent leur époque. Et surtout, de contribuer à transmettre sa mémoire à une génération qui ne l’a pas forcément connu.
POUVOIRS MAGAZINE : Pourquoi sortir ce livre pour les 24 ans, un chiffre sans symbolique ?
MARTIAL ASSEME & HERVÉ BLÉDÉ : Effectivement, le chiffre 24 n’a aucune symbolique particulière, et ce n’est d’ailleurs pas ce qui a motivé notre démarche.
Nous ne voulions pas attendre un anniversaire symbolique pour faire ce qui, selon nous, aurait déjà dû l’être.
Contribuer à préserver la mémoire de Marcellin Yacé.
Plus de deux décennies après sa disparition tragique, nous avons constaté que l’on avait consacré peu d’initiatives à la transmission de son parcours et de son héritage. Cela nous semblait difficilement acceptable pour un artiste qui a été un acteur majeur de la musique ivoirienne.
Ce livre est donc avant tout un acte de mémoire. C’est notre manière de combler, à notre niveau, un vide et de faire notre part pour celui qui fut aussi un mentor pour nous.
POUVOIRS MAGAZINE : Comme tous les show-business, le show-business ivoirien est violent. Qu’avez-vous délibérément caché ou censuré pour présenter un portrait lisse et fréquentable ?
MARTIAL ASSEME & HERVÉ BLÉDÉ : Nous n’avons pas cherché à fabriquer un portrait lisse de Marcellin Yacé. Pas plus que nous n’avons prétendu qu’il était un homme parfait. Comme tout être humain, il avait ses forces, ses failles et ses contradictions.
En revanche, nous avons assumé un choix éditorial. Celui de raconter prioritairement ce que son parcours, son œuvre et son humanité avaient de remarquable.
Marcellin a laissé derrière lui de nombreux faits d’armes, parfois méconnus du grand public. Il était également reconnu pour sa générosité et son humanisme. De nombreux artistes, acteurs du show-business et anonymes en ont bénéficié.
Nous avons donc préféré documenter et transmettre cet héritage.
Plutôt que de transformer un livre d’hommage en enquête à charge ou en chasse aux secrets.
POUVOIRS MAGAZINE : Avez-vous fait le choix de reverser une part à ses héritiers ?
MARTIAL ASSEME & HERVÉ BLÉDÉ : Oui, tout à fait. Dès le départ, nous avons décidé qu’une part significative des bénéfices du livre reviendrait à ses ayants droit.
Écrire « Marcellin Yacé, la musique dans le sang » a demandé un long travail de recherche. Mais il était primordial que ses ayants droit soient directement associés et bénéficient des fruits de cette œuvre qui célèbre sa vie.
AK
photo: dr
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