Cette somme éditoriale restitue l’itinéraire fulgurant de Marcellin Yacé, créateur disparu trop tôt.
Le jeudi 23 avril à 15 heures, la salle Kodjo Ebouclé du Palais de la Culture servira d’écrin solennel à une cérémonie de dédicace à haute résonance symbolique.
L’ouvrage Marcellin Yacé, la musique dans le sang s’impose comme une partition biographique, où l’écriture épouse les cadences d’une mémoire musicale patiemment reconstituée.
Coécrit par Martial Assémé et Hervé Blédé, assistant du défunt, le texte procède d’une démarche d’orfèvrerie documentaire. Conjuguant rigueur testimoniale et souffle narratif.
L’ensemble se déploie comme une fugue littéraire, où les voix s’entrelacent, se répondent.
Puis composent une polyphonie d’hommages à forte intensité affective et esthétique.
La postface, confiée à Robert Brazza, ferme l’œuvre dans une tonalité médiatique maîtrisée. Conférant à l’ensemble une fin harmonique et institutionnelle.
Alain Tailly, passé du statut d’admirateur à celui de proche du compositeur, propose une lecture empathique. Presque contrapuntique, du parcours de Marcellin Yacé.
Les témoignages s’agrègent ensuite en une véritable orchestration mémorielle. Chaque intervenant apporte une ligne mélodique singulière à la partition collective.
Tiburce Koffi, par sa prose analytique, introduit lui « qui a failli s’évanouir à l’annonce du décès de Marcellin » p157 dont le père fut son prof de musique, une respiration critique.
Proche d’un silence structurant dans l’économie générale du récit.
Serge Kassy évoque la genèse du tube Mi révolté, composition emblématique, née d’une alchimie entre tension harmonique, engagement artistique et pulsation sociale.
Bomou Mamadou revient sur l’architecture sonore de l’album Nlelo, véritable édifice musical sculpté dans la précision rythmique et la sensibilité orchestrale.
Au sein du groupe Woya, dont il fut le chef d’orchestre, Marcellin Yacé impose une direction musicale fondée sur la rigueur, l’écoute et la dynamique collective.
Les techniciens du studio Séquence, notamment Alain Sawaya et Naftaly, décrivent un maître du son, exigeant dans l’égalisation. Mais aussi dans la texture et la spatialisation acoustique.
L’ouvrage de 189 pages, soigneusement édité par Hooda Graphics, déploie une matérialité raffinée.
Le papier offset, iconographie et vernis sélectif composent une esthétique éditoriale.
Chaque page fonctionne comme une portée, où s’inscrivent souvenirs, analyses et fragments de vie, organisés selon une dramaturgie biographique maîtrisée.
Mais le récit se fracture soudainement dans une coda tragique. Evoquant la balle assassine du 19 septembre qui interrompit brutalement une trajectoire artistique en pleine ascension.
Ce livre se referme alors comme un requiem, fixant dans la mémoire collective la vibration persistante d’un musicien devenu figure fondatrice de l’imaginaire sonore ivoirien. Mais aussi le père de ses enfants qu’il a tant aimés.
Cette œuvre de mémoire et de transmission trouvera son prolongement vivant lors de la cérémonie de dédicace. C’est le jeudi 23 avril à 15 heures, à la salle Kodjo Ebouclé du Palais de la Culture.
À cette occasion, le public, les mélomanes et les acteurs du monde culturel sont conviés à venir découvrir, partager et célébrer l’héritage de Marcellin Yacé. Au cœur d’un hommage collectif empreint de gravité et de reconnaissance.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

