Avec Et si le citoyen ivoirien n’existait pas ?, Paul-Hervé Agoubli ne publie pas un essai de plus sur la politique ivoirienne.
Il instruit, avec les armes de la sociologie et de la pensée républicaine, le dossier d’une citoyenneté qu’il estime encore empêchée d’advenir. Une charge intellectuelle qui prolonge logiquement son combat public pour lequel il a reçu récemment le Prix de la citoyenneté de l’Observatoire national de la vie et du discours politiques.
Quand l’intellectuel met la République à l’épreuve
Il fallait presque s’y attendre. Après avoir fait de la citoyenneté l’un des fils rouges de ses interventions publiques et de son engagement politique, Agoubli devait finir par en faire un livre. Et si le citoyen ivoirien n’existait pas ? prolonge ainsi, sous une forme essayistique, une réflexion qu’il a (é)prouvée dans le débat public.
Le choix du préfacier n’étonne pas davantage. Jean-Marie Kouakou, mentor revendiqué de l’auteur, accompagne ce travail comme il a accompagné sa formation intellectuelle. Une filiation assumée, mais qui ne signifie pas imitation. Agoubli entend prolonger la pensée par l’action, le débat et la présence sur le terrain.
Car chez lui, la République n’est pas une abstraction académique. Elle est un projet politique à éprouver dans la société.
Le cœur de l’essai est là justement. La Côte d’Ivoire s’est constitutionnellement choisie une forme républicaine et un État laïc. Mais qu’est-il réellement advenu du citoyen ? L’auteur remonte alors le fil de l’histoire, de l’ordre colonial aux conditions de l’indépendance, pour interroger la persistance de catégories. La persistance de réflexes et de rapports de pouvoir qui auraient dû disparaître avec l’avènement de la République.
La couverture donne déjà à voir cette interrogation.
Un homme blanc remet à un homme noir, vêtu à l’occidentale et coiffé d’un casque colonial. Un objet qui semble symboliser une transmission. Le « n’existait pas », comme le point d’interrogation, est en rouge. Le choix n’est pas décoratif. Il suggère une question de fond sur l’héritage colonial, l’assimilation. Et aussi sur la difficile émergence d’une citoyenneté pleinement assumée.
Agoubli revendique une lecture sociologique et politique, loin des grilles ethniques ou des querelles partisanes.
Et c’est peut-être ce qui le caractérise le mieux. L’auteur ne semble pas dérangé par la polémique politique autant qu’il l’est par la vulgarité du langage politique, lorsque des notions aussi fondamentales que la République, la citoyenneté ou la liberté sont réduites à des slogans.
Avec cet essai, il invite donc les intellectuels, les diplômés et, plus largement, les citoyens à reprendre leur place dans le débat public.
Le livre ne demande pas à être lu. Uniquement. Il demande à être discuté.
ALEX KIPRE
POUVOIRS MAGAZINE

