Quand le Zouglou affiche complet.

3 semaines

Samedi 15 août 2026, au Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire, Yodé et Siro, figures emblématiques du zouglou ivoirien, se produiront pour un concert cinq étoiles, à l’occasion de leurs 30 ans de carrière.

Jeudi 13 août, à la demande d’amis désireux d’assister à l’événement, je me suis mis en quête de quelques tickets, convaincu que mes relations dans le milieu culturel pourraient m’être utiles. Je me rends donc sur Ticketrama. Et là, surprise : 30 000 F CFA : sold out ; 50 000 F CFA : sold out ; 100 000 F CFA : sold out !

Je m’interroge alors : que se passe-t-il ? Quelques coups de fil plus tard, notamment à Sia Popo, manager de Soum Bill, puis à Philippe Kla, journaliste et ancien président des journalistes culturels de Côte d’Ivoire, je finis par joindre Siro lui-même.

Sa réponse est sans appel : « Frère, les tickets sont épuisés depuis deux semaines. Les prochaines ventes concernent uniquement le concert du 29 août 2026, disponibles dans l’après-midi de jeudi sur le site. »

Deux semaines avant le spectacle, toutes les catégories de billets sont donc déjà épuisées. Une situation qui, à elle seule, en dit long sur le chemin parcouru par le zouglou.

Né dans les quartiers populaires et porté par une jeunesse désireuse de raconter ses réalités, ses frustrations, ses espoirs et ses aspirations, le genre s’est progressivement imposé comme une véritable force culturelle et sociale. Comme quoi, lorsqu’on se prend au sérieux, même dans une société aussi exigeante que la nôtre, on finit par s’imposer.

Le concert de Yodé et Siro en est une magnifique illustration.

Leur parcours démontre qu’avec du travail, de la constance, de la résilience et une vision, le talent peut franchir toutes les frontières. Aujourd’hui, le zouglou ne bat plus seulement le pavé : il remplit les grandes salles. Il affiche complet.

Mais cette réussite ne doit pas faire oublier les difficultés auxquelles demeure confronté le secteur du spectacle en Côte d’Ivoire.

Interrogé par RFI sur l’octroi des licences et le paiement d’une caution pouvant aller jusqu’à 10 millions de francs CFA pour organiser des spectacles, Siro estime que cette démarche vise certes à assainir le milieu, mais qu’elle devrait également tenir compte de l’ancienneté et de l’expérience des promoteurs.

« Le milieu du showbiz, c’est un travail. N’importe qui s’élève pour devenir promoteur : quand il a un peu d’argent, il devient promoteur », explique-t-il, tout en reconnaissant la nécessité d’un meilleur encadrement du secteur.

Mais, poursuit-il, les réalités économiques de l’industrie du spectacle sont souvent difficiles. Les coûts de location des salles sont élevés, tandis que les concerts ne garantissent nullement un retour sur investissement. Selon lui, de nombreux spectacles se soldent par des échecs, y compris dans certaines des plus grandes salles du pays.

Son plaidoyer est donc celui d’un professionnel qui connaît les réalités du terrain.

La réglementation est nécessaire, certes, mais elle doit également tenir compte du parcours de ceux qui ont contribué, parfois au prix de lourdes pertes financières, à faire vivre le spectacle ivoirien.

La démarche n’est pas mauvaise, estime en substance Siro.

Encore faut-il trouver une alternative permettant aux promoteurs expérimentés, parfois ruinés après plusieurs productions, de rester dans le milieu et de bénéficier d’une véritable possibilité de relance.

Le paradoxe est là : pendant que les artistes ivoiriens remplissent les salles et démontrent, par leur succès, la vitalité de notre industrie culturelle, ceux qui contribuent à faire vivre cet écosystème restent confrontés à de nombreux obstacles.

Le succès de Yodé et Siro est donc bien plus qu’un simple indicateur commercial. Il constitue un signal fort.

Le public est là. Le zouglou est là. Les artistes sont là.

Il reste désormais à construire un environnement professionnel suffisamment solide pour transformer cet engouement populaire en une véritable industrie culturelle, structurée, durable et créatrice de valeur.

Car, finalement, après trente ans de carrière, Yodé et Siro viennent peut-être d’apporter la plus belle réponse à tous ceux qui doutaient encore du potentiel du zouglou.

Le zouglou ne cherche plus sa place. Il l’a trouvée.

Et, visiblement, il n’y a déjà plus de place pour tout le monde.

Coolbee Ouattara

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