Après des années d’implication au sein de la gouvernance du football ivoirien, Malick Tohé revendique une rupture dans un entretien accordé à un confrère le 3 juillet.
Mais ses propositions interrogent : relèvent-elles d’une véritable rupture ou d’une relecture tardive d’un bilan auquel il a lui-même contribué ?
Mais le football ivoirien n’est pas une feuille blanche. Et c’est là que commence le véritable débat. Car celui qui promet aujourd’hui de réformer en profondeur la Fédération ivoirienne de football n’est pas un candidat venu de l’extérieur du système.
Il en est l’un des produits Tohé n’est pas celui qui découvre les problèmes, mais celui qui les connaît depuis longtemps et en a même créé certains.
Et c’est précisément ce qui rend son discours troublant. on l’écoute:
« CHAQUE CLUB DE LIGUE 1 ET LIGUE 2 DOIT AVOIR UNE COMPTABILITÉ CERTIFIÉE, UN ORGANIGRAMME STABILISÉ, UN CENTRE DE FORMATION ACTIF… »
La phrase est celle de quelqu’un qui veut plaire. Elle pourrait même figurer dans n’importe quel programme de modernisation du football africain.
Mais elle porte en elle une question embarrassante :
Pourquoi faut-il attendre une ambition présidentielle pour entendre ce qui aurait dû être une exigence quotidienne de gouvernance ?
Les clubs ne sont pas devenus fragiles hier. Le manque de structuration n’est pas apparu avec cette élection. Les difficultés financières, l’absence de véritables centres de formation, la faiblesse des organisations internes sont connues depuis des années.
Alors une interrogation s’impose :
Où étaient ces exigences lorsque ceux qui les défendent aujourd’hui participaient déjà aux décisions ?
Car il existe une différence fondamentale entre dénoncer un système et assumer la responsabilité d’avoir participé à son fonctionnement.
« À LA FIF, JE MÈNE LE COMBAT ET JE CONTINUERAI DE LE MENER POUR UN ÉCOSYSTÈME OÙ SEULS QUELQUES-UNS GAGNENT N’EST PAS UN ÉCOSYSTÈME DURABLE. »
Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. Parce qu’elle pose une contradiction majeure. Si l’écosystème profite seulement à quelques-uns, alors le constat est sévère.
Mais ce constat concerne aussi ceux qui étaient à l’intérieur de la maison. On ne peut pas revendiquer les victoires d’une institution quand elle gagne, puis adopter la posture du réformateur extérieur quand elle doit répondre de ses insuffisances. La gouvernance n’est pas un costume que l’on porte selon la météo.
On ne peut pas être dedans lorsqu’il faut bénéficier de l’influence, et dehors lorsqu’il faut expliquer les échecs.
LE PROBLÈME DES CLUBS DE L’INTÉRIEUR : UNE RÉALITÉ QUI N’EST PAS NÉE HIER
Malick Tohé affirme :
« Quand vous êtes basé à Korhogo et que vous jouez la moitié de vos matches à 500 kilomètres, la facture est élevée. »
Oui. Mais cette réalité est connue de tous les présidents de clubs concernés. Elle n’est ni nouvelle, ni découverte et accompagne le football ivoirien depuis des années.
La question n’est donc pas de savoir si le problème existe.
La question est :
Pourquoi un problème connu depuis si longtemps attend-il une campagne électorale pour devenir une priorité absolue ?
Les dirigeants de clubs de Ligue 1, 2, D3 etc…n’ont pas besoin qu’on leur explique leurs difficultés. Ils les vivent, paient les transports, resserrent les budgets, affrontent les contraintes, attendent surtout des solutions.
LE SYNDROME DU RÉFORMATEUR DE L’INTÉRIEUR
Le paradoxe de la candidature Malick Tohé est là. Il propose un changement dont il reconnaît implicitement l’urgence.
Mais cette urgence aurait dû être celle de son action lorsqu’il disposait déjà d’une place dans la gouvernance. C’est toute la difficulté des candidatures issues du pouvoir :
Elles doivent convaincre qu’elles incarnent le changement sans donner l’impression qu’elles reconnaissent trop tardivement les limites du système auquel elles appartiennent. Le football ivoirien n’a pas seulement besoin d’un nouveau discours. Il a besoin d’une nouvelle exigence : celle de la cohérence.
La question que pose cette candidature
Le débat n’est donc pas de savoir si Malick Tohé a de bonnes idées. Il n’en a pas. Puisqu’il regrette d’avoir mis Idriss Diallo à la tête de la Fif. C’était pas une bonne idée. Le débat est plus profond :
Pourquoi les idées qu’il défend aujourd’hui n’ont-elles pas été davantage portées hier par celui qui était déjà aux responsabilités ?
Une élection n’est pas seulement le moment des promesses. C’est aussi le moment du bilan. Et lorsqu’un homme du système demande de changer le système, les électeurs sont en droit de demander :
Pourquoi maintenant ? Quand on vomit un plat et qu’on peut le (re) manger…c’est dégoutant tout simplement.
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

