1 mois

Il existe une maladie plus grave que l’élimination des Éléphants. Elle s’appelle la confiscation du débat. Depuis quelques jours, un étrange raisonnement prospère

C’est qu’Emerse Faé a remporté une CAN. Et qu’Idriss Diallo possède le meilleur bilan statistique depuis douze ans: 35 victoires en 53 rencontre, 103 buts marqués, une CAN, une qualification au Mondial… suffiraient à rendre toute critique illégitime. C’est précisément ce raisonnement qui détruit les institutions.

Les statistiques ne sont pas une Constitution.

Donc, la fif et ses dirigeants ne doivent plus être critiqués. On ne doit plus critiquer Diallo celui qui estime que les journalistes disent n’importe. Qui est-il pour ne pas être critiqué quand Jésus a été plus que critiqué, crucifié.

On dit souvent qu’Idriss Diallo et Emerse Faé ne s’attardent pas trop sur la presse ni sur les réseaux sociaux, non par mépris du débat. Mais parce qu’ils savent que la critique fait partie du jeu. Le vrai paradoxe, c’est que ce sont parfois les communicants, plus que les dirigeants eux-mêmes, qui deviennent les plus sensibles aux critiques, allant jusqu’à défendre les responsables avec un zèle parfois plus royaliste que le roi.

Voilà le véritable scandale. Non pas sportif mais intellectuel. Car cette logique ne relève plus de l’analyse.

Elle relève de la soumission. Les autocraties commencent toujours ainsi. Elles ne disent jamais : « Interdisez la critique. » Elles disent : « Regardez les résultats. »Puis elles ajoutent : « Ceux qui critiquent sont des ingrats. » Le débat est alors terminé.

Il ne reste que l’applaudimètre. Demain, faudra-t-il interdire toute critique d’un président de la République parce que le PIB progresse ?

Faudra-t-il renoncer au contrôle parlementaire parce que quelques routes ont été construites ? Faudra-t-il supprimer la presse parce que les chiffres sont bons ? C’est exactement le même mécanisme.

Les statistiques deviennent une arme politique.

Elles ne servent plus à évaluer. Elles servent à faire taire.

Oui, Emerse Faé affiche 25 victoires en 36 matchs. Oui, sous Idriss Diallo, les Éléphants totalisent 35 victoires en 53 rencontres, avec 103 buts inscrits.

Et alors ?

Depuis quand des pourcentages remplacent-ils la pensée ? Depuis quand un tableau Excel tient-il lieu de démocratie ? Les chiffres ne répondent à aucune des vraies questions. Pourquoi le football local demeure-t-il aussi fragile ?

Qu’est-ce qui fait que les clubs vivent-ils sous perfusion ? Pourquoi les arbitres trichent-ils et ne sont pas punis et l’arbitrage  continue-t-il d’être discrédité ? Pourquoi la Direction technique nationale peine-t-elle à produire une identité claire ? Quelles ont les raisons pour lesquelles les mêmes erreurs tactiques reviennent-elles inlassablement ?

Pourquoi l’exigence disparaît-elle dès qu’un trophée arrive ?

Voilà les questions.

Les statistiques, elles, n’y répondent jamais. Le plus inquiétant est ailleurs. Une partie de l’écosystème médiatique semble avoir renoncé à son rôle.

Elle ne contrôle plus. Elle accompagne.

Certains journalistes ne questionnent plus, ils protègent, ils ne dérangent plus, ils sont devenus des communicants

Un journaliste n’est pourtant pas un distributeur de satisfecit. Il est payé pour poser les questions que le pouvoir n’aime pas entendre.

Lorsque les médias remplacent l’investigation par l’encens, ils cessent d’être un contre-pouvoir. Ils deviennent un service annexe.

Le football ivoirien n’a jamais eu besoin de courtisans. Il a besoin d’esprits libres.

La Fif ne moura pas parce qu’on la critique. Elle mourra lorsque plus personne n’osera la critiquer.

Et le jour où une CAN remportée suffira à transformer un président de fédération ou un sélectionneur en figures intouchables, ce ne sera pas seulement une défaite de la liberté d’expression. Ce sera la victoire du culte de la personnalité sur la culture de la responsabilité.

Le football ivoirien mérite mieux que des applaudissements obligatoires. Il mérite une exigence permanente.

Car les trophées passent. La Fif elle, devra survivre aux hommes.

DESIRE THEA

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

DU MEME SUJET

24 juillet: Aimé Brière de l’Isle : un an déjà, mais une voix qui résonne encore

Le 24 juillet 2026 marque le premier anniversaire de la disparition d’Aimé

22 juillet. Cyril Domoraud, 55 ans :  » les joueurs ivoiriens souffrent. Les clubs aussi »

Le 22 juillet, Cyril Domoraud célèbre ses 55 ans. Ancien capitaine des