Vous vous souvenez de cette fameuse « lumière au bout du tunnel » que d’aucuns, avec une assurance quasi liturgique, décrivent comme l’ultime seuil précédant l’au-delà.
Celle-ci mérite, à tout le moins, que l’on ose l’interroger, sans dévotion ni réflexes conditionnés.
Et si l’éternité promise n’était qu’un leurre, une promesse de fausse espérance ?
Et si, au moment de la mort, notre cerveau agonisant l’inventait tout simplement ?
Et si la représentation de ce tristement fameux « tunnel lumineux » n’était, au fond, qu’une construction mentale. Une de plus — née d’expériences de mort imminente, aussitôt érigées en vérités métaphysiques par une humanité avide de récits consolateurs ?
Et si nous confondions altération neurologique et révélation transcendantale ?
Après tout, qu’est-ce qu’une conscience vacillante, soumise à l’asphyxie cérébrale, aux décharges électriques du cerveau agonisant ou aux hallucinations induites par le traumatisme? Sinon un terrain extraordinairement fertile aux illusions les plus saisissantes?
Réfléchissons-y sérieusement.
Pourquoi cette lumière serait-elle systématiquement située « au bout » du tunnel plutôt qu’en son centre ?
L’image elle-même ne résiste guère à l’examen logique. Destinée à guider, rassurer ou orienter, cette « lumière » ne devrait-elle pas se trouver à l’entrée du passage. Voire à l’intérieur de celui-ci, précisément là où règnent les ténèbres et où son utilité prendrait tout son sens ?
Une fois le tunnel traversé, à quoi servirait encore cette illumination tardive ?
N’est-ce pas là une incohérence troublante que l’imaginaire collectif semble avoir acceptée sans jamais véritablement la questionner ?
Plus encore : et si ce fameux tunnel n’était qu’un artifice produit par l’effondrement progressif des fonctions visuelles ?
Les neurosciences évoquent depuis longtemps la réduction du champ périphérique de la vision lors des états critiques, créant cette impression de couloir obscur débouchant sur un point lumineux central. Ce que certains interprètent comme une porte cosmique pourrait n’être, en réalité, que le dernier sursaut d’un cerveau en train de s’éteindre.
Poussons la réflexion encore plus loin : et si cette lumière n’était nullement un signe d’élévation, mais un mécanisme psychique de protection, une ultime anesthésie offerte par l’esprit afin d’adoucir l’effroi de l’extinction ?
Pis encore : et si l’humanité entretenait volontairement ce mythe parce qu’elle demeure incapable d’affronter l’idée brutale du néant ?
L’homme, en effet, supporte difficilement l’absence de récit. Ainsi, là où l’inconnu commence, il érige aussitôt des symboles, des passages, des promesses lumineuses et des architectures spirituelles destinées moins à expliquer la mort qu’à calmer les vivants.
Et si, depuis l’origine, l’on jouait effectivement avec notre esprit ?
Si des témoignages fragmentaires, déformés par la peur, les croyances religieuses, les attentes culturelles et les fantasmes collectifs avaient fini par constituer une vérité artificielle, répétée jusqu’à devenir presque sacrée ?
La question mérite d’être posée sans trembler : contemplons-nous réellement une vérité de l’au-delà… Ou simplement le reflet des mécanismes les plus archaïques de notre cerveau confronté à sa propre disparition ?
Ultimement, alors, et si notre venue en ce monde saturé d’embûches, de désillusions et d’épreuves constituait en réalité l’Enfer même qu’il faudrait traverser afin que la mort, loin d’être une extinction, devienne le seuil conduisant au « nirvana », à cette éternité béatifique que les hommes nomment paradis ?
Après tout, n’affirme-t-on pas que « l’enfer, c’est les autres » ?
Peut-être alors que la damnation ne réside point dans l’au-delà. Mais dans cette pénible coexistence terrestre où les âmes, condamnées à se heurter, s’usent mutuellement jusqu’à aspirer au repos absolu.
Et si… et si… et si, avec des « si », on pouvait tout reconstruire ?
Moralité :
À vouloir refaire le monde par l’hypothèse, nous risquons d’oublier simplement de le transformer par nos actes.
A. SYLLA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

