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Dimanche 29 mars 2026, les artères des quartiers de la Zone 4 et de Marcory résidentiel, fidèles à leur effervescence habituelle, regorgeaient d’une foule dense et animée.

Mais elles se trouvaient aussi, et heureusement, purgées de ces errants factieux qui projetaient d’y distiller les ferments délétères de la division sectaire et de la xénophobie.

Il est vrai qu’entre-temps, le verdict, lapidaire tel un avertissement direct, était tombé : dix années de réclusion ferme pour les principaux individus impliqués dans cette ignominieuse expédition punitive, indécemment travestie en « marche contre les Libanais », en croisade fantasmée contre la prétendue « libanisation » de notre pays.

Puissent ces longues années passées derrière les barreaux ne pas seulement sanctionner, mais aussi corriger ces esprits manifestement égarés. Car ce qui s’est récemment déversé dans notre espace public a excédé de loin les limites du débat sain pour sombrer dans une indigence intellectuelle abyssale.

Une mixture fétide, en effet, faite de ressentiments, d’approximations et de xénophobie décomplexée, s’est imposée ces derniers jours, révélant moins une inquiétude légitime qu’une faillite du discernement.

A même resurgi, exhibé sans la moindre pudeur ni la plus élémentaire intelligence critique, le grotesque spectre du « Grand remplacement », théorie raciale et ouvertement xénophobe importée, sans discernement, des confins délirants de l’extrême droite occidentale.

Cette fiction complotiste a été ici recyclée avec une désinvolture confondante.

Les quelques benêts qui l’agitent ignorent tout de ses origines, de ses ressorts ainsi que de sa profonde inanité. Il s’agit en réalité d’un prêt-à-penser indigent, adopté avec une assurance d’autant plus bruyante qu’elle est vide.

Comment une telle absurdité a-t-elle pu trouver, sous nos latitudes, un semblant d’écho ?

Par quel naufrage du raisonnement en est-on venu à désigner, avec une légèreté coupable, une communauté entière comme exutoire universel de nos propres carences ?

Ne nous y trompons pas : ce mécanisme, aussi ancien que dangereux, consiste à fabriquer un bouc émissaire, à le réduire à une caricature monolithique puis à le livrer à la vindicte sous un sobriquet dégradant — non pas « Liboul », mais Libanais — dont la seule finalité est de nier l’humanité pour mieux préparer la brutalité.

Ces discours ne sont jamais anodins. Ils constituent l’antichambre de la violence.

Nous en voulons pour preuve les menaces proférées ici et là, ainsi que la perspective d’une manifestation, fort heureusement prohibée.

Tout cela ne relève nullement du hasard ni de l’accident, mais procède d’une logique implacable : on essentialise d’abord, on stigmatise ensuite, pour enfin justifier l’injustifiable ; le tout adossé à une absurdité statistique flagrante.

Au regard, en effet, du poids démographique réel de la population libanaise, parler de « Grand remplacement » dans un pays de plusieurs dizaines de millions d’habitants n’est pas seulement erroné ; c’est d’un illogisme brutal. L’Histoire enseigne cependant, avec constance, que le ridicule n’a jamais immunisé contre le péril.

Plus grave encore, cette dérive trahit une amnésie inquiétante. Notre pays ne s’est, en vérité, jamais édifié dans le repli identitaire, mais dans l’échange, le métissage et la contribution plurielle.

Nier cette évidence revient à falsifier notre propre genèse.

À force, hélas, de travestir le réel, ces discours inoculent un venin insidieux : celui de la suspicion généralisée, où l’Autre — l’alter ego, « le semblable et le frère » — cesse d’être un concitoyen pour devenir une menace. Partout où cette pente fut empruntée, elle mena inexorablement au pire.

Il est donc impératif de rompre sans délai avec cette dérive ; non par posture morale, mais par exigence de lucidité. Une nation ne se construit ni dans la peur ni dans l’exclusion, mais dans la volonté ferme de faire corps.

Faute de nous ressaisir, hélas, et vite, il ne subsistera bientôt que le tumulte des passions et les fractures durables qu’elles laissent invariablement derrière elles.

Sur ce, nous croyons avoir dit.

A. SYLLA

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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