Élève d’un mérite éclatant, en classe de CM1 à l’EPP 1 Municipalité 1 de Daloa, la jeune Mariam Alia Touré a été choisie pour porter haut les couleurs de notre pays au prestigieux Concours international de Dictée Paul Gérin-Lajoie (PGL), au Canada.
Distinction éclatante s’il en est, fruit d’un labeur opiniâtre et d’une intelligence déjà affirmée, elle honore à la fois sa famille, son établissement et, au-delà, la nation toute entière. Toutes nos félicitations lui sont adressées.
Pourtant, il y a un hic …
Comme l’a relevé, avec une acuité presque dérangeante, un ami sur le méta : « ses cheveux ne sont pas coupés à ras, mais… ».
Dans cette suspension volontaire du propos réside toute l’absurdité d’un système que l’on persiste à ne pas interroger. Ainsi, à la suite de ce même ami en effet, Vergès Konan pour rendre a César ce qui, de droit, lui revient, osons la question poser, sans détour : « existe-t-il une recherche scientifique démontrant un lien entre la longueur des cheveux d’un élève et son niveau d’intelligence ? »
Existe-t-il, en effet, la moindre démonstration, la plus infime corrélation, établissant un lien entre la longueur de la chevelure et les facultés intellectuelles d’un élève ?

La réponse, connue, limpide et irréfutable, est inscrite dans la négative.
Dès lors, sur quels fondements rationnels reposent cette obsession réglementaire qui insiste à imposer à de jeunes élèves, singulièrement aux jeunes filles noires, une tonte systématique, érigée en dogme disciplinaire ?
Dans ce cas de figure, l’argument de l’uniformité est invoqué avec une constance presque mécanique.
Soit, dirons-nous, mais … Encore faudrait-il qu’il s’applique avec une rigueur impartiale.
La réalité, en cette occurrence, dément cruellement ce principe. Certaines élèves, en effet, d’ascendance libanaise ou européenne notamment, conservent leur chevelure sans que l’ordre scolaire ne vacille ni que la discipline ne s’effondre.
Faut-il en conclure que la règle n’est intangible que pour certaines et négociable pour d’autres ?
Cette disparité n’est hélas pas une simple anomalie. Elle constitue une entorse manifeste au principe d’égalité.
Elle révèle même, sous le vernis de la discipline, une logique discriminatoire que l’on s’obstine à ignorer.
Que dans un souci de sobriété l’on proscrive les artifices ostentatoires tels que les perruques, extensions et autres ornements, cela peut encore se concevoir. Mais, exiger de jeunes Africaines qu’elles se délestent de leur chevelure naturelle, c’est franchir un seuil autrement plus grave.
Car, en Afrique tout particulièrement, le cheveu n’est pas un simple attribut esthétique.
Il est un langage, un marqueur identitaire, une mémoire vivante.
Souvent, dans nos sociétés, il dit l’âge, le statut, l’appartenance, parfois même l’histoire intime. Ainsi, des tresses savamment élaborées aux coiffures à portée symbolique, il participe d’un patrimoine culturel profondément enraciné. Le raser indistinctement, c’est nier cette richesse, c’est réduire des identités plurielles à une uniformité stérile.
Il nous faut ici avoir le courage de nommer les choses. Cette pratique relève moins d’une exigence pédagogique que d’un réflexe autoritaire archaïque, hérité d’un temps où l’on confondait ordre et contrainte, discipline et négation de l’individu.
Elle trahit une conception appauvrie de l’élève, envisagé, non comme une conscience en devenir mais comme une silhouette interchangeable, docile et standardisée. L’école pourtant, ne saurait être le lieu de l’effacement.
Elle devrait être celui de l’émancipation.
Elle devrait éveiller l’esprit critique plutôt qu’instituer une conformité aveugle.
À persister dans ces pratiques, elle inculque subrepticement une leçon autrement plus délétère. Celle selon laquelle l’acceptation de soi serait conditionnelle et l’identité, modulable au gré d’injonctions administratives dénuées de toute légitimité intellectuelle.
Il est temps, plus que temps même, d’ouvrir une conversation sérieuse. Sans faux-semblants ni faux-fuyants ; non pour céder à quelque caprice. Mais, pour restaurer la cohérence d’une institution censée incarner l’équité, la raison et le respect de la dignité humaine. À défaut, l’école continuera d’enseigner, malgré elle, l’injustice sous couvert de discipline. Et cela, nul ne devrait s’en satisfaire.
Sur ce, nous croyons avoir dit !!!
A.SYLLA
photos: dr
POUVOIRS MAGAZINE

