A. Sylla livre ici une réflexion engagée et sans détour, partageant son opinion sur le racisme, la xénophobie et les dérives des amalgames.
Le racisme et la xénophobie ne relèvent, en effet, nullement de la sphère des opinions. Ils constituent, en droit, des infractions caractérisées, réprimées par notre Code pénal.
Gardons-nous donc, en nous empêtrant dans des amalgames aussi grossiers que pernicieux, de céder à la trop funeste tentation de confondre l’accessoire et le principal. Le bébé et l’eau du bain, au point de jeter indistinctement le discrédit sur l’ensemble pour les fautes de quelques-uns.
Si, en effet, le comportement isolé de certains de nos compatriotes à l’étranger devait suffire à façonner l’image de l’Ivoirien à l’échelle du monde, il est à parier que nul citoyen d’origine ivoirienne n’aurait accédé aux fonctions électives de maire ou de député sur le sol français. Ou même ailleurs.
On est toujours l’autre de quelqu’un…
Il est entendu que tous ceux qui, avec une désinvolture presque coupable, agitent le spectre d’un hypothétique « grand remplacement », cette fable entretenue par quelques esprits en mal de lucidité, ou dénoncent une prétendue « libanisation » de la Zone 4 ou de Marcory résidentiel, n’ont, à l’évidence, jamais foulé les abords des stations de métro Château d’Eau. Ou Château Rouge, nichées dans les 10ᵉ et 18ᵉ arrondissements de Paris.
Là-bas, tout comme à Matongué du reste, ce quartier africain de Bruxelles réputé pour la vitalité de ses commerces, de ses restaurants et de ses salons de coiffure, il n’y a rien d’exceptionnel. A croiser nos sœurs et nos frères, drapés de pagnes aux couleurs éclatantes, un « séridaga » à la main. L’enfant solidement arrimé au dos, déambulant avec une aisance familière. Comme s’ils arpentaient les artères de Bamako, de Dakar ou encore d’Adjamé, pour rester plus près de nous.
Que chacun, dès lors, mesure la gravité du geste avant de désigner l’autre du doigt.
L’index accusateur, en effet, lorsqu’il est trop prompt à se lever, finit toujours par trahir l’indigence de celui qui l’agite.
Sachons donc, en cette matière, garder mesure et, s’il était effectivement établi que nos compatriotes africains subissent des traitements indignes au Liban, le fait même de le leur reprocher nous ôte toute légitimité à invoquer la réciprocité… à moins, bien sûr, de consentir à une manifeste malhonnêteté intellectuelle.
Sur ce, nous croyons avoir tout dit.
A.SYLLA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

