La décision de retirer au Sénégal son titre de la CAN 2025 pour le donner au Maroc dépasse le scandale sportif : elle interroge l’avenir même du football africain.
Il existe dans le sport une règle non écrite mais fondamentale : ce qui est gagné sur le terrain ne se discute plus ailleurs.
En retirant au Sénégal un titre acquis au terme d’une compétition disputée, la Confédération africaine de football a rompu ce pacte sacré.
Attribuer ensuite ce trophée au Maroc ne corrige pas une erreur. ça crée une fracture durable dans la crédibilité du football africain.
Car l’histoire du football est claire. Même dans les contextes les plus controversés, les résultats sur le terrain restent la référence ultime.
Lors de la Coupe du monde 1966, le but litigieux de l’Angleterre n’a jamais été annulé malgré les débats persistants.
En Coupe du monde 1986, la célèbre “main de Dieu” de Diego Maradona n’a pas été sanctionnée a posteriori.
Plus récemment, lors de la Coupe du monde 2010, la main de Thierry Henry n’a pas conduit à rejouer ou inverser le résultat.
Ces exemples montrent une constante : le football avance avec ses injustices. Mais refuse de réécrire les résultats après coup. L’injustice a toujours existé. C’est même pour cela qu’on peut être d’accord avec Houphouët-Boigny qui a dit: « je préfère l’injustice au désordre »
La décision actuelle rompt avec cette tradition et ouvre une boîte de Pandore aux conséquences incalculables.
Statistiquement, les contentieux ayant abouti à un retrait de titre après une finale sont extrêmement rares dans l’histoire du football mondial.
Même dans les cas de dopage ou de fraudes administratives, les sanctions visent les clubs ou fédérations. Rarement pour ne pas dire presque jamais la réattribution directe d’un trophée majeur.
En Afrique, la CAN a toujours été un symbole d’unité et de fierté. Malgré des épisodes de tensions et d’organisation parfois critiqués.
Aujourd’hui, ce socle est fragilisé par une décision qui semble davantage administrative que sportive.
Les propos de Sadio Mané sur la corruption et la perte de passion traduisent un malaise profond chez les acteurs eux-mêmes.
Face à cela, Patrice Motsepe invoque l’indépendance des commissions. Tout en reconnaissant un héritage de méfiance difficile à effacer.
Mais la confiance ne repose pas sur des déclarations. Elle repose sur la cohérence des décisions et leur lisibilité pour le public.
Le recours devant le Tribunal arbitral du sport sera déterminant. Mais il ne suffira pas à effacer l’impact symbolique de cette affaire.
Car au-delà du droit, c’est une question de morale sportive qui est posée : peut-on encore croire au résultat d’un match ?
Si la réponse devient incertaine, alors c’est tout l’édifice du football africain qui vacille.
Le danger est immense : découragement des joueurs, perte de confiance des supporters, et discrédit international durable.
Le football africain regorge de talents, d’histoires et de passions. Mais il a aujourd’hui besoin d’une gouvernance à la hauteur de son potentiel.
Car au fond, la règle reste universelle, simple et implacable: donner c’est donner, reprendre c’est voler.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

