Le journaliste Paul Bahini a interviewé, l’acteur de football candidat à la présidence de la Fif qui motive sa candidature.
Candidat déclaré à la présidence de la Fédération ivoirienne de football, sur quel projet repose cette ambition ?
Elle repose d’abord sur un constat lucide: notre football fonctionne à l’envers. Les clubs, qui constituent la base de la pyramide, évoluent dans une précarité structurelle. Pendant que l’on concentre l’essentiel de l’attention sur le sommet. Or, un édifice sportif solide ne se bâtit pas en commençant par la coupole.
Pourtant, une subvention est accordée, chaque saison, aux clubs dans le cadre du championnat …
Les présidents de club attendent, chaque saison, une subvention fédérale qui avoisine, en Ligue 1, par exemple, les 100 millions de Fcfa. Présentée comme un soutien, elle ressemble davantage à une perfusion. Elle couvre à peine le salaire des joueurs, sans parler des charges sociales, des frais de déplacement, de la logistique.
Pourtant, ces présidents sont les véritables gardiens du temple. Ils financent, encadrent, forment, accompagnent. Ils absorbent les déficits avec une abnégation remarquable. Beaucoup injectent leurs ressources personnelles par passion. Mais un système ne peut reposer éternellement sur le sacrifice individuel.
Que proposez-vous ?
Mon ambition est d’introduire une économie structurée du football. Diversification des revenus, partenariats internationaux que j’ai déjà entamés: Mutualisation de services, création de centres de profit autour de la formation, de la billetterie, du merchandising et des droits commerciaux.
Le football moderne est une industrie culturelle.
Il faut donc lui appliquer les règles de l’industrie : gouvernance, planification, indicateurs de performance. En somme, mon ambition est que nos clubs passent d’une logique de survie à une logique de développement. On ne peut pas espérer jouer une compétition continentale avec un budget de maintien.
Ne pouvez-vous pas mettre cette expertise au service de vos collègues sans briguer la présidence ?
Je ne me suis pas lancé dans cette aventure par goût du pouvoir. J’ai d’abord essayé de contribuer autrement. J’ai fondé le Racing club d’Abidjan il y a près d’un quart de siècle, alors que j’étais encore joueur professionnel. Cela signifie que ma réflexion sur la structuration du football ne date pas d’aujourd’hui.
Depuis plusieurs années, je vis en Côte d’Ivoire, j’observe, j’investis et je finance mon club à hauteur de centaines de millions par an. Cela me permet d’encadrer 237 jeunes, des éducateurs qualifiés, tous salariés, de structurer un environnement professionnel.
Cette expérience m’a donné une vision concrète, pas théorique.
C’est notre cuisine interne, mais je peux la partager avec vous. Vous pouvez vérifier cela, en votre qualité de journal sérieux. Depuis 10 ans, j’ai contribué discrètement à aider des amis présidents à structurer quelque peu leurs clubs. Par des conseils et, parfois, par des appuis financiers.
Avez-vous échangé avec le président Idriss Diallo ?
J’ai rencontré le président Idriss Diallo et l’ensemble de ses proches collaborateurs, notamment Malick Tohé et Salif Bictogo. J’ai exposé des propositions précises : création d’un fonds d’investissement pour les clubs, structuration des académies, contractualisation internationale, certification des centres de formation. Je m’attendais à un échange contradictoire, à une discussion technique. Elle n’a pas véritablement eu lieu.
Ah bon ?
À un moment donné, lorsqu’on estime que l’on peut apporter une valeur ajoutée systémique, il ne suffit plus de conseiller depuis la touche. Il faut entrer sur le terrain. Ce n’est pas une question d’ego ; c’est une question de responsabilité. Je m’en voudrais d’avoir réussi à redresser des clubs en Europe, pas en France uniquement et de priver mon pays de cette expertise.
Vous évoquez une urgence. Qu’avez-vous constaté sur le terrain ?
J’ai parcouru près de 12 000 kilomètres à travers le pays : Bouna, Bondoukou, Agnibilékro, Bouaké, Yamoussoukro, Boundiali, Sassandra et San Pedro. Partout, le même sentiment : un formidable potentiel, mais une organisation insuffisante. Des stades historiques tombés en désuétude.
Tandis que des infrastructures flambant neuves, le Stade Alassane Ouattara, le Stade Laurent Pokou ou le Stade Charles Konan Banny, attendent une animation sportive cohérente. Un stade sans championnat attractif, c’est un écrin sans bijou. Nous avons construit des cathédrales footballistiques ; il faut maintenant écrire la liturgie du jeu.
Quelles seraient vos priorités stratégiques ?
La première priorité est la structuration du football de masse. Chaque région doit disposer d’une organisation claire, articulée autour de Ligues régionales dynamiques, de championnats départementaux réguliers et de centres de formation certifiés. La détection doit être méthodique, scientifique même.
À huit ou dix ans, un jeune talent ne doit pas être livré aux réseaux informels.
Nous devons protéger notre capital humain et je suis prêt.
Nous devons entrer dans cette ère.
Enfin, je souhaite repositionner l’équipe nationale comme l’aboutissement d’un écosystème. Elle ne doit pas être la locomotive isolée, mais le fruit d’un travail en profondeur. Comme en tactique, le pressing haut ne fonctionne que si toute l’équipe est coordonnée.
Comment ramener durablement le public au stade ?
Le public revient pour l’émotion, pas pour l’addition des points ni pour le score. Il vient chercher une expérience. Le football est un spectacle vivant. On a oublié certains scores, mais on n’a pas oublié le coup de tête de Didier Drogba, le lob d’Aruna Dindané devant le gardien tunisien Choukri.
On le remplit avec des dribbles, des passes lumineuses et des scénarios renversants.
Et valoriser les jeunes talents, moderniser la communication et l’expérience spectateur. Le stade doit devenir un lieu de fête familial, sécurisé, animé. Combien de fois avez-vous vu de vrais spots ou reportages d’avant match ?
En quoi votre approche diffère-t-elle de celle de l’actuelle gouvernance ?
C’est la déconsidération du football local qui nous est servie. J’ai l’impression qu’on ne veut voir que l’or déjà raffiné. Moi je préfère aller dénicher la pierre encore couverte de boue. Je viens de la latérite et je ne m’investis pas uniquement pour le football d’élite. Je respecte les résultats obtenus, notamment avec l’équipe nationale.
Mais la mission d’une fédération dépasse la vitrine internationale.
Elle doit organiser l’ensemble du jeu, du quartier à la sélection A. Gagner une compétition continentale est une consécration populaire. Construire un système capable d’en gagner régulièrement est un projet politique et économique. C’est cette continuité que je propose.
Pensez-vous que le cadre actuel en Côte d’Ivoire est favorable à cela ?
La Côte d’Ivoire dispose d’un vivier exceptionnel et est un État qui investit massivement dans les infrastructures. À nous de transformer cet atout en modèle durable.
Mon ambition n’est pas de commenter le match depuis la tribune présidentielle.
Elle est de bâtir une équipe institutionnelle capable de jouer, chaque saison, la Ligue des champions de la gouvernance sportive. Et, pour filer la métaphore, je préfère que notre football cesse de défendre en catastrophe. Pour enfin maîtriser le tempo du jeu.
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