8 février : Ouattara–Soro? Leur date

3 semaines

Une date charnière dans l’histoire politique ivoirienne. Le 8 février 2019 marque la démission de Guillaume Soro de la présidence de l’Assemblée nationale.

Derrière cet acte institutionnel, c’est la rupture définitive entre deux anciens alliés qui se joue. Et l’effondrement d’un récit politique longtemps entretenu.

Le 8 février 2019 n’est pas une date anodine.
Ce jour-là, Guillaume Kigbafori Soro quitte la présidence de l’Assemblée nationale. Poste qu’il occupait depuis 2012 et qui faisait de lui le deuxième personnage de l’État ivoirien.

Officiellement, il s’agit d’une démission annoncée dans un contexte de réorganisation politique autour du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Nouveau parti unifié porté par le président. Mais en réalité, cette date scelle une fracture profonde entre deux hommes dont les trajectoires ont été étroitement liées pendant près de deux décennies.

De compagnons de lutte à adversaires politiques

Guillaume Soro, ancien leader estudiantin devenu chef rebelle puis Premier ministre en 2007 à la faveur de l’Accord politique de Ouagadougou, a longtemps été un pilier du dispositif ayant conduit Alassane Ouattara au pouvoir en 2011.

À plusieurs reprises, il a laissé entendre qu’il avait joué un rôle décisif dans l’accession de Ouattara à la magistrature suprême. Une affirmation forte, qui alimentait l’image d’un stratège incontournable du paysage politique ivoirien.

Mais le 8 février 2019 marque un basculement : l’allié devient dissident. Refusant d’intégrer le RHDP unifié, Soro s’éloigne du pouvoir exécutif. Les tensions, jusque-là contenues, éclatent au grand jour.

Le mythe du « faiseur de roi »

Dans les mois qui suivent sa démission, Guillaume Soro revendique son autonomie politique. Et annonce son intention de briguer la présidence de la République. Très vite, les poursuites judiciaires, les mandats d’arrêt internationaux et les condamnations par contumace redessinent brutalement son destin politique.

Le récit de celui qui affirmait avoir « fait » le président Ouattara se heurte alors à une réalité implacable : le pouvoir qu’il pensait partager ou influencer lui échappe totalement.

L’histoire retiendra que si Soro fut un acteur majeur de la crise ivoirienne et de la recomposition politique des années 2000, le 8 février 2019 a révélé les limites de son influence au sommet de l’État.

Une rupture aux conséquences durables

Depuis cette date, les deux hommes ont évolué dans une relation faite de tensions, d’accusations et de silences prolongés — jusqu’à un échange téléphonique en 2024 présenté comme un geste d’apaisement.

Mais le symbole demeure : le 8 février 2019 reste le jour où l’alliance stratégique s’est transformée en confrontation politique ouverte.

En politique, les fidélités sont souvent circonstancielles.
Et parfois, une date suffit à redéfinir toute une trajectoire.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

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