Ce 23 janvier 2025, Alban Lafont fête ses vingt-sept ans, âge symbolique pour un footballeur déjà passé par plusieurs cycles d’exposition.
Ni prodige à célébrer aveuglément ni figure à défendre mécaniquement, Lafont incarne une trajectoire construite dans la durée.
Son nom s’est pourtant retrouvé au cœur d’un débat identitaire déclenché par des propos qui ont coûté cher à Nicolas Pépé.
Affirmant qu’Alban Lafont ne serait pas réellement ivoirien, mais seulement détenteur d’un passeport, Pépé a franchi une ligne sensible.
Ces paroles, sanctionnées par les instances, ont surtout révélé une crispation persistante autour des appartenances multiples dans le football africain.
La question n’est pas seulement sportive, elle touche à l’histoire, aux migrations, aux choix intimes souvent réduits à des calculs opportunistes.
Alban Lafont, né à Ouagadougou, fils d’un père français et d’une mère burkinabè, porte cette complexité depuis l’enfance.
Formé en France, installé très tôt dans l’Hexagone, il a grandi dans un football structuré, exigeant, parfois impitoyable.
Appelé en équipe de France en 2022 sans entrer en jeu, il n’a jamais porté le maillot bleu en compétition officielle.
Son choix de représenter la Côte d’Ivoire en 2025 n’est donc ni un reniement ni une solution de repli.
Il s’inscrit dans une logique personnelle, faite d’opportunités, d’attachement familial et de reconnaissance sportive tardive.
Gardien précoce à Toulouse, confirmé à Nantes, capitaine assumé, Lafont a souvent été jugé plus durement que d’autres.
Ses performances, inégales parfois, n’ont jamais effacé son sérieux, ni sa capacité à encaisser la pression médiatique.
Le prêt au Panathinaïkós marque une nouvelle étape, moins brillante peut-être, mais révélatrice d’une carrière qui refuse l’immobilisme.
À travers lui, se pose encore cette question non résolue du regard porté sur les binationaux et trinationaux africains.
Toujours sommés de prouver leur loyauté, rarement autorisés à la nuance, ils restent prisonniers d’un soupçon permanent.
La CAN 2025 au Maroc a été une aventure collective solide pour la Côte d’Ivoire. Mais pour Alban Lafont, elle a été mitigée sur le plan personnel. Il a connu une titularisation pas totalement convaincante. Et une impression qu’il n’a pas pleinement confirmé son statut international lors du tournoi.
Lafont faisait partie du groupe, mais il n’a pas été le gardien titulaire incontesté sur toute la compétition.
Lors d’un match de poule contre le Gabon, il a été titularisé mais a connu des difficultés notables. Notamment une relâche de balle ayant conduit à un but adverse.
On a présenté cette prestation comme fébrile et limitée. Contrastant avec les attentes sur un gardien de haut niveau en sélection.
Alban Lafont traverse cela sans déclarations tapageuses, préférant le silence au débat stérile.
À vingt-sept ans, il avance encore, imparfait, exposé, mais fidèle à son chemin.
En ce jour anniversaire, il mérite surtout une chose simple : qu’on le regarde enfin comme un joueur, pas comme un procès.
DESIRE THEA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
