20 janvier. Rfk, 37 ans après: Tiburce Koffi:  » Personne n’a fait mieux que moi dans ce pays… »

4 semaines

Ce 20 janvier 2026 marque le 37ᵉ anniversaire du départ de Fulgence Kassy, alias RFK. Son ami, Tiburce Koffi, écrivain, musicien et PCG du Burida, lui avait dédié la chanson « Un Podium pour Ful », revisitée avec Dan Log, Noël Dourey, Adolphe Yacé et Kossonou…

Dans cet entretien avec Pouvoirs Magazine, Tiburce Koffi répond aux questions sur la mémoire et l’héritage de RFK.

PM : Est-ce qu’on s’habitue à ne plus voir quelqu’un comme RFK, ou apprend-on seulement à faire semblant ?
L’oubli est une qualité de l’Homme. C’est même une grâce, car sans cette faculté, nous ne survivrions pas aux malheurs et autres tragédies qui nous frappent et nous fragilisent. Oui, on peut, à un niveau individuel, oublier Fulgence dans notre quotidien. Mais la mémoire collective ne le peut pas : Ful occupe une belle page de l’histoire de notre pays. Et c’est mérité.

PM : En dehors de “Un Podium pour Ful”, que vous avez revisité avec le concours de Dan Log, Noel Dourey, Adolphe Yacé et Kossonou, a-t-on vraiment pris le temps de dire au revoir à RFK ? Pourquoi et comment lui dire “au revoir”, puisqu’il habite nos mémoires ? Cette chanson vous a-t-elle soulagé… ou rappelé que quelque chose manquait encore ?
L’avoir composée, paroles et musique, m’a fait du bien. Je l’ai vécue comme un devoir. Mes métiers d’enseignant, d’écrivain et de journaliste ont fait de moi un vigile de la mémoire collective, nationale.

PM : Qui était RFK quand les caméras s’éteignaient ?


Un phénomène de la télévision. Une voix dans nos foyers, une attente pour la jeunesse de son temps — la nôtre.

PM : Quel souvenir personnel de lui reste le plus vif, le plus intime, le plus douloureux peut-être ?
Il y en a tellement… Un magma de souvenirs. Trois en particulier me viennent à l’esprit :

  1. En 1980, alors journaliste stagiaire à Fraternité Matin, on m’envoie l’interviewer à propos de son émission PODIUM. J’ai encore une ou deux photos de cette rencontre. J’étais en jean, baskets, chemise rouge à carreaux, les cheveux nattés ! Je sens qu’il est séduit par mon look. Peu de temps après, je le découvre à l’écran… avec les cheveux nattés ! Eh oui, je suis presque le précurseur — ou du moins l’un des précurseurs — des nattes masculines à Abidjan.

  2. Le CNOU confie à Jimmy Hyacinthe l’arrangement du premier disque de l’Orchestre de l’Université d’Abidjan (OUA), alors dirigé par Paul Dodo et le célèbre bassiste Momo Louis. Le titre Bomanin retient l’attention de Fulgence.

  3. Je fus le premier arrangeur de ce morceau.

  4. Avec Paul Dodo, Jimmy et Ful, nous nous retrouvons dans ma chambre d’étudiant à la Cité Mermoz pour enregistrer la matière première : voix et ligne harmonique. Je propose des chœurs ; Jimmy juge qu’ils ne sont pas nécessaires, mais Ful estime qu’ils sont intéressants. Nous partons ensuite en France pour l’enregistrement du disque. Mes chœurs sont retenus sur son insistance, et ce sont eux qui donnent tout le charme du morceau.

  5. Un jour, Ful m’a présenté à un jeune chanteur revenant des USA : Alpha Blondy. Ful voulait l’introduire dans le milieu des bons musiciens du pays. Ils arrivent chez moi avec le morceau Super Power. Je l’accompagne à la guitare, et il apprécie immédiatement mes phrases. Depuis, il évoque toujours cet épisode, affirmant que je fus le premier guitariste à avoir joué Super Power.

PM : Y en a-t-il un plus douloureux ?


Oui. Dans la nuit du 19 au 20 janvier 1989, vers 3 ou 4 heures du matin, je suis réveillé par un appel téléphonique de Kébé Yacouba, alors DP d’Ivoir’Soir. Il m’annonce la disparition de Ful à la Pisam. J’ai mal. Je saisis une guitare que je garde toujours au chevet du lit. Les larmes coulent, mais mes doigts restent sur le manche. Un chant de douleur sort de mes entrailles, avec ces mots :
« Ful, notre folie, notre première chance, notre piédestal. Où est ton podium ? Ma guitare t’attend… »

Deux ans après, je réunis des amis aux Studio Séquences : Gustave Guiraud, Afri Loué, Hervé Luc Nko, Marcelin Yacé, Yves Zogbo Jr, Venance Konan. C’est l’histoire des “Compagnons d’un Soir”. Une jeune journaliste stagiaire a passé toute la nuit avec nous : Kraidy Massosso, de son vrai nom Agnès Kraidy. Un autre journaliste de la RTI, Levy Niamkey, ayant entendu parler de l’événement, fait irruption avec une équipe pour un reportage. Le lendemain, au journal de 20h, les téléspectateurs découvrent l’œuvre. Des milliers de cassettes sont vendues en moins d’une semaine.

PM : RFK parlait-il de la mort, de la postérité, de ce qu’il laisserait derrière lui ?


Oui. Dans une interview accordée à Venance Konan, une dizaine de jours avant la tragédie, publiée dans Ivoir’Soir.

PM : Qu’est-ce que RFK vous a donné que personne d’autre ne vous a donné ?
Pour ma part, il n’avait rien à me donner que je ne pouvais trouver ailleurs. Il ne m’impressionnait pas particulièrement. Je n’étais pas un anonyme : guitariste soliste de l’OUA, étudiant attentif, proche du professeur Bernard Zadi, journaliste débutant mais reconnu… On s’appréciait simplement.

PM : Avez-vous le sentiment de lui devoir encore quelque chose aujourd’hui ?
Non. Absolument rien. Mais il reste le héros sympathique de ma génération. Une figure nationale, un homme de forte aura.

PM : Si RFK revenait aujourd’hui et vous demandait : “Qu’avez-vous fait de moi ?”
Il ne me poserait pas cette question. Il sait ce que j’ai fait de sa mémoire : publications d’articles sur son œuvre, reportages, pèlerinages à Kocumbo, enregistrements pour saluer sa mémoire. Personne n’a fait mieux que moi dans ce pays pour honorer Ful.

Interview réalisée par

POUVOIRS MAGAZINE

photo: dr

OPINIONS

Les manœuvres de Ouattara

Derrière le discours de stabilité et de rassemblement, le président Alassane Ouattara déroule une stratégie politique patiente visant à dominer durablement l’échiquier

DU MEME SUJET

20 janvier: Fulgence Kassi, 37 ans plus tard qu’avons-nous fait?

Ce 20 janvier 2026, cela fait 37 ans que RK est décédé.

Tiburce, Venance, Blondy, Tiken….Je leur pardonne

Au détour d’une conversation amicale sur les convictions frivoles de nos élites,