Riche et pauvre favorables à l’ailleurs comme sécurisation
À la plupart des footballeurs heureux et épanouis, une proposition revient souvent, presque naturellement : rester dans le pays où ils ont évolué. Là où ils ont construit leur carrière, là où les autorités ont respecté leur périmètre financier, sécurisé leurs biens et reconnu leur valeur. Ce choix n’est pas toujours dicté par l’ambition sportive, mais par la stabilité. Il est plus simple de rester là où l’on se sent protégé, compris et libre de ses mouvements.
En politique, la réalité n’est pas très différente. Les figures que la jeunesse ivoirienne a voulu dégager du pouvoir ou du jeu institutionnel ont, pour la plupart, une autre nationalité. Félix Houphouët-Boigny en avait une, Laurent Gbagbo également. Les générations suivantes n’ont pas rompu avec cette logique : Patrick Achi, Jean-Louis Billon, Thiam, et d’autres encore, s’inscrivent dans cette continuité. La dernière vague, incarnée par des figures comme Assalé Tiémoko, s’y inscrira aussi, pour sûr. Si ce n’est déjà fait. Puis ce sera le tour des JFK. Probablement.
Ce n’est pas seulement une question de prestige ou d’ouverture internationale.
C’est d’abord une nécessité pratique : sécuriser ses biens, garantir ses droits, pouvoir voyager librement en cas de pépin politique, judiciaire ou personnel. Avoir une autre nationalité, c’est disposer d’une porte de sortie, d’un espace de respiration lorsque le climat national devient incertain.
Dans ce contexte, la binationalité apparaît moins comme un luxe que comme une assurance. Elle protège, elle rassure, elle permet d’anticiper les soubresauts d’un pays qui, trop souvent, met ses propres enfants en insécurité. Car il faut le dire sans détour : Comme de nombreux pays africains, autrefois colonies, la Côte d’Ivoire ne rassure pas toujours ceux qui réussissent. Ni les footballeurs, ni les politiques, ni les entrepreneurs.
La question n’est donc pas de savoir si ces hommes aiment leur pays. Beaucoup l’aiment profondément. La vraie question est ailleurs : pourquoi un Ivoirien qui réussit ressent-il le besoin de prévoir un ailleurs pour se protéger ? Tant que cette interrogation restera sans réponse, le débat sur le « pays de rechange » demeurera légitime, presque inévitable.
Il y a pire comment fait un homme binational épanouis pour ne pas encourager ou comprendre celui qui a 1000 fois moins de revenus mais croit en la méditerranée comme voie d’espoir?
Le paradoxe est là.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
