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À l’issue de l’élimination des champions en titre, de nombreuses interrogations planent sur les choix tactiques de l’entraîneur ivoirien, jusque-là protégé par la figure quasi messianique que lui conférait son succès à la CAN 2023.

L’heure des doutes a-t-elle sonné ?

La défaite n’aurait qu’un seul père, dit-on. Celle face à l’Égypte, en l’occurrence, pourrait, à l’issue d’une autopsie plus précise, trouver son responsable technique. Et qu’on nous épargne, pour une fois, la rengaine de l’acharnement. Après le sacre des Éléphants en février 2024, dans la liesse enivrante des célébrations, il paraissait difficile, voire suicidaire, d’esquisser la moindre critique sur le parcours atypique des Ivoiriens.

Au regard des circonstances et du contexte de cette victoire, Faé bénéficiait d’un véritable totem d’immunité, fortement nourri par un capital sympathie lié à sa fin de carrière malheureuse de footballeur. De choix par défaut à héros national, sa nouvelle stature résistait à toute remise en cause tant que les résultats sportifs masquaient un jeu poussif, des choix discutables et une communication pour le moins déroutante.

Car si les objectifs qui lui avaient été confiés furent partiellement atteints, beaucoup restait à dire sur sa capacité à tenir le groupe ivoirien dans la durée. Plusieurs inconnues laissaient perplexe.

Et si l’épopée ivoirienne à domicile dissimulait des lacunes que l’on refusait de voir ?

Les éliminatoires de la CAN ont mis en lumière les fissures d’une équipe s’en remettant systématiquement aux exploits individuels. Le faible ratio de buts soulignait le marasme d’une attaque privée de véritable finisseur. Visiblement, le duo Faé–Demel n’a pas su identifier, dans le vivier professionnel ivoirien, un buteur capable de suppléer un Haller en difficulté depuis plusieurs saisons.

Que dire de l’expression collective des Éléphants ? Des grandes déclarations promettant un jeu de possession, un pressing haut et un football conquérant digne des champions d’Afrique, on est passé à un pragmatisme parfois indigent, assumé par son instigateur. Le technicien ivoirien s’est finalement inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs : sécuriser avant d’innover. L’important, c’est de gagner.

Puis est survenu le tournoi à quatre au Canada. Les prestations médiocres des Éléphants ont amplifié les inquiétudes. Une équipe sans inspiration, sans entrain, semblant s’endormir sur ses lauriers. Une fois encore, les communicants fédéraux ont balayé les critiques, arguant que « tout le monde est sélectionneur ». Faé lui-même a souvent insinué que les supporters, trop émotifs, seraient incapables d’analyser le jeu avec recul. Pourtant, le football n’est-il pas avant tout un sport d’émotions ?

Épidermique face à la critique, ses réactions véhémentes, parfois condescendantes, ont laissé des traces.

Comme s’il avait été conditionné à refuser toute objection.

L’épilogue de cette frilosité tactique s’est joué en mondovision face à l’Égypte. De nombreux analystes ont unanimement relevé ses carences. Son entêtement à maintenir un schéma unique, quels que soient les adversaires, interroge. Certes, la roublardise égyptienne et leur réalisme clinique sont à souligner. Mais affronter un septuple champion d’Afrique comme on jouerait le Burkina Faso ou le Gabon relève d’une faute professionnelle.

Tout au long du tournoi, les Ivoiriens ont évolué au même rythme, avec la même intensité, et des changements devenus prévisibles. Tout n’a pas été mauvais, mais demeure ce sentiment frustrant qu’il y avait toujours mieux à faire. Face à l’Égypte, Faé n’a pas su résoudre l’équation tactique d’Hossam Hassan. Son 4-3-3, basé sur des ailiers puissants, s’est heurté à un bloc défensif compact et parfaitement organisé. Les Pharaons n’ont jamais cédé dans le jeu, preuve en est : les deux buts ivoiriens sont issus de coups de pied arrêtés.

Le match aurait pu durer trois heures, Faé s’en serait encore remis aux fulgurances individuelles. Cette défaite illustre son incapacité à se réinventer lorsque le niveau s’élève. Les joueurs n’ont pas aidé non plus, abordant la majorité des rencontres avec le frein à main, pratiquant un football scolaire face à une équipe rompue au vice.

Cet obstacle doit désormais servir d’apprentissage pour l’avenir, qui s’annonce exigeant.

La Coupe du monde est le rendez-vous de l’excellence, où les approximations tactiques et techniques se paient cash. Il faudra bannir toute complaisance dans les choix. Le vivier ivoirien est loin d’être stérile : une saine émulation doit être instaurée. L’intégration de jeunes U20 est une initiative salutaire qu’il convient de poursuivre. Mais l’essentiel reste l’introspection.

Faé doit sortir de son confort pour conserver sa lucidité. Gagner un tournoi majeur en début de carrière peut masquer une marge de progression encore immense. Le cocon fédéral et l’entre-soi peuvent également être trompeurs, enfermant dans une vision élitiste méprisant la contradiction. Or, toute critique n’est pas acerbe ni dénuée de sens.

Le microcosme médiatique occidental ne détient pas davantage la vérité absolue. Comment comprendre le pouls d’un football sans dialoguer avec sa propre presse ? Considérer l’ensemble des journalistes ivoiriens comme incultes ou opportunistes est une grave erreur.

La hype de la CAN 2023 est désormais retombée. La providence a changé de camp. Les victoires laborieuses ne suffisent plus à combler les attentes d’un peuple exigeant. Il faut revenir aux fondamentaux : le travail rigoureux, l’humilité, et la capacité à évoluer. Ne pas mourir avec des idées devenues caduques.

Loïc Damas

photo:dr

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