Le silence, un terrain fertile pour…

1 mois

La sanction peut être un outil pédagogique, mais lorsqu’elle devient sélective ou excessive, elle cesse d’éduquer et commence à intimider.

Dans une démocratie fragile comme la nôtre, la gestion de la contradiction politique pose une question centrale : comment corriger sans humilier, discipliner sans faire taire, gouverner sans fabriquer des citoyens craintifs ?

Il est admis, dans toute société organisée, que la faute appelle une sanction. Cette dernière, lorsqu’elle est proportionnée, peut jouer un rôle éducatif : elle rappelle les limites, structure les comportements. Parfois, prévient des dérives plus graves. Dans ce sens, la disproportion apparente entre certaines fautes et certaines sanctions peut être défendue comme un choix pédagogique ponctuel. Destiné à produire un électrochoc salutaire sur et devant le groupe. Ibrahim Zigui, Pulchérie Gbalet, Assalé Tiémoko (par le passé) en sont des exemples.

En politique, cette logique est souvent transposée à l’éducation idéologique. Un acteur politique immature, un « bébé politique » ou un militant à l’idéologie encore embryonnaire, peut — et doit — être corrigé. La frustration, la contradiction, voire la sanction, font partie du processus d’apprentissage. L’éducation, au fond, n’est rien d’autre qu’une gestion intelligente et positive des frustrations.

L’histoire politique ivoirienne en fournit des exemples éloquents. Djeny Kobina, contraint de quitter le PDCI, a su transformer une mise à l’écart en opportunité historique en fondant le RDR, parti qui sera plus tard porté au sommet de l’État par Alassane Ouattara. Ce qui aurait pu être une fin politique s’est révélé être une étape structurante. Preuve que la sanction, lorsqu’elle n’est ni humiliante ni définitive, peut produire de la maturation plutôt que de l’effacement.

Cependant, tout l’enjeu réside dans la mesure et l’équité.

Car lorsque la sanction devient systématiquement lourde pour certains et étonnamment clémente pour d’autres, elle perd toute valeur pédagogique. Elle se transforme en instrument de peur. Le risque est alors majeur : celui de fabriquer des citoyens qui oscillent entre honte et silence, entre autocensure et peur de s’exprimer. Des Ivoiriens qui pensent, mais n’osent plus dire. Qui voient, mais n’analysent plus publiquement. Pourquoi croit-on que l’Ivoirien a accentué son besoin et son envie de rire de tout?

Cette situation est d’autant plus préoccupante que, dans le même espace public, certains acteurs politiques ou militants, se réclamant du « bon côté » — celui du pouvoir, du gain ou de la réussite financière — s’autorisent toutes les véhémences. Insultes publiques, propos outranciers, attaques frontales : tout semble permis. Des figures comme (l’heureusement ex députée) Mariam Traoré auteur du fameux Ibiêkêssé. D’autres comme Bacongo, Touré ou Bictogo expriment leurs opinions avec une virulence assumée. Parfois brutale, sans encourir les mêmes conséquences. Cette asymétrie crée un sentiment profond d’injustice et mine la crédibilité de l’autorité morale de l’État.

Or, la diversité des opinions ne devrait pas être un facteur de division, mais un socle de rapprochement sur l’essentiel. Une démocratie vivante ne se mesure pas à l’unanimité des discours. Mais à la capacité d’absorber la contradiction sans répression aveugle. Sanctionner oui, mais de façon équitable. Corriger oui, mais sans étouffer. Frustrer parfois, mais jamais terroriser.

Construire une nation politiquement mûre exige des citoyens libres de parler, même lorsqu’ils se trompent. Car une parole maladroite peut se corriger ; une parole bâillonnée, elle, disparaît — et avec elle, toute possibilité de progrès collectif.

Le danger de terroriser réside dans le fait qu’on ne corrige plus les comportements, on fabrique le silence. Une société gouvernée par la peur n’éduque pas, elle étouffe l’intelligence, décourage la parole responsable et pousse les opinions dans la clandestinité, où elles deviennent plus radicales et plus dangereuses

ETHAN GNOGBO

photo: dr

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