Cinq ans après sa disparition, le parcours militaire et politique de Wattao demeure un repère controversé de l’histoire ivoirienne récente.
Issiaka Ouattara, dit Wattao, fut un acteur central de la crise ivoirienne, combinant engagement militaire, pouvoir territorial et influence durable.
Issu de l’armée régulière, ancien judoka, il s’imposa comme chef rebelle, puis officier, dans une trajectoire marquée par ruptures successives.
De Bouaké à Abidjan, son influence sécuritaire a façonné des équilibres post-crise, avant une mise à l’écart progressive institutionnelle nationale.
Promu colonel-major malgré la maladie, Wattao est décédé le cinq janvier deux mille vingt à New York après hospitalisation prolongée.
Son itinéraire illustre la complexité des trajectoires issues des conflits, entre intégration étatique, controverses persistantes et mémoire nationale collective contemporaine.
Né à Doropo en 1967, Wattao s’enrôla tôt, traversant mutineries, exil et retours armés successifs déterminants pour l’État ivoirien contemporain.
Ancien judoka compétitif, vice-champion africain, il porta discipline martiale dans commandements rebelles puis structures militaires institutionnelles ultérieures de l’État ivoirien.
Au sein des Forces nouvelles, il devint comzone influent, gérant territoires, ressources et opérations durant la guerre civile ivoirienne prolongée.
Les rapports onusiens documentèrent des économies de guerre, trafics et financements, éléments structurants du conflit nord-sud ivoirien alors profondément polarisé.
Lors de la crise postélectorale, ses unités progressèrent vers Abidjan.
Contribuant à l’effondrement des forces loyales au pouvoir sortant alors.
Après 2011, intégré aux forces régulières, il occupa responsabilités sécuritaires majeures avant disgrâce et formation extérieure militaire marocaine, institutionnelle prolongée.
Son influence, médiatisée et controversée, marqua Abidjan sud, ports et entreprises, redéfinissant pouvoirs sécuritaires urbains durant l’après-crise ivoirienne complexe durable.
Atteint de diabète avancé, évacué tardivement, il s’éteignit à New York après semaines d’hospitalisation spécialisée américaine, loin du théâtre national.
Des obsèques officielles annoncées soulignèrent reconnaissance étatique, sans effacer débats historiques persistants sur responsabilités individuelles, collectives, militaires, politiques, et mémorielles.
Cinq ans après, l’évaluation sereine de Wattao requiert distance analytique, contextualisation et rigueur historique pour comprendre la Côte d’Ivoire contemporaine.
Cinq ans après, son nom reste associé à une période charnière, analysée sans complaisance par l’histoire ivoirienne politique militaire nationale.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
