En Côte d’Ivoire, Jean-Louis Gasset fut accepté, compris, puis laissé partir, parce qu’il avait su, malgré tout, rester juste.
Hommage – l’aspect africain
Jean-Louis Gasset est mort à soixante-douze ans. Mani Sani? Wouaaaa!! Nikpêgu! Nikpêtba!
Jean-Louis Gasset n’est pas seulement venu entraîner la Côte d’Ivoire, il est venu avec respect, et cela n’est jamais anodin.
Il aimait les Ivoiriens, sincèrement, sans calcul, avec cette bienveillance tranquille qui caractérisait son regard et sa posture.
Mais l’Afrique est un continent de signes, de symboles, de gestes qui parlent parfois plus fort que les mots.
Lorsque Jean-Louis Gasset posait souvent la main sur sa tête, ce geste, banal en Europe, résonnait autrement ici.
En Afrique, on ne met pas la main sur la tête sans raison grave.
C’est un geste de malheur, de deuil, de désarroi profond, parfois même de présage.
Un enfant peut le faire, un chef ne le fait pas.
Un chef doit tenir debout, même quand tout vacille.
Cela permet également de le signifier aux autres, une sorte de «j’ai compris et je suis désolé, mais s’il-vous-plaît, ne m’éjectez pas et ne me tuez pas»
Gasset a cherché presque à se faire plus petit. Ce sont des éléments très basiques de démonstration de la honte
Ce détail n’a échappé à personne, et peut-être explique-t-il pourquoi son départ n’a pas provoqué de choc.
On ne l’a pas retenu, on l’a laissé partir, sans animosité, vers Marseille, vers la France.
Car l’Afrique sait aussi reconnaître quand une histoire doit s’arrêter sans bruit.
Cela n’efface ni l’homme, ni ses intentions, ni ce qu’il a tenté de construire.
Et le football français, malgré ses divergences internes, reste soudé face à l’extérieur.
Quand l’un des siens revient d’une aventure devenue mésaventure, l’institution le protège, le restaure, le relève.
C’est exactement ce qui a été fait pour Jean-Louis Gasset.
Ses compatriotes l’ont épaulé, remis en selle, et ils peuvent en être fiers.
L’homme de Montpellier connaissait l’Afrique bien avant la sélection ivoirienne.
Il avait croisé Mama Ouattara, connu Roger Ouégnin, partagé des trajectoires, des histoires, des racines.
Surtout, il a vu juste là où d’autres doutaient.
Il a convoqué Sébastien Haller et Simon Adingra quand ils revenaient de blessures lourdes.
Il ne s’est pas contenté de les appeler, il a cru en eux, les a maintenus, protégés, assumés.
L’histoire lui a donné raison.
Car un entraîneur est d’abord quelqu’un qui s’entête intelligemment.
Quelqu’un qui a une vision, qui s’y tient, et qui accepte d’en payer le prix.
Jean-Louis Gasset n’a peut-être pas tout réussi en Côte d’Ivoire.
Mais il a respecté les hommes, compris le continent, et laissé une trace honnête.
Et cela, en Afrique, n’est jamais oublié. Allah lo ka di Allahlo ka ta! Moyé sô! Lago gui oh ye, Eh Woh seba
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
