27 novembre: Houphouët-Boigny, le premier d’entre tous

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Le 27 novembre 1960, Félix Houphouët-Boigny devenait officiellement le premier président de la République de Côte d’Ivoire.

Soixante-cinq ans plus tard, la date continue de nourrir commémorations, réflexions, débats et parfois contestations autour d’un héritage politique. Un héritage hors norme, long de 33 ans et 10 jours. De la naissance du « miracle ivoirien » à la crispation du régime dans les années 1980, retour sur le parcours du « Sage de l’Afrique ».

Figure pivot de l’histoire politique ivoirienne et acteur majeur de la décolonisation.

27 novembre 2025. La Côte d’Ivoire marque aujourd’hui les 65 ans de l’élection de Félix Houphouët-Boigny à la tête de la jeune République indépendante. Une date emblématique dans l’histoire du pays, tant le parcours de cet homme, né Dia Houphouët en 1905 à N’Gokro, se confond avec l’évolution du pays. Evolution politique, économique et diplomatique du pays pendant près d’un demi-siècle.

Un long chemin vers le pouvoir

Avant de devenir président, Houphouët-Boigny avait déjà marqué la vie politique française et africaine. Député de Côte d’Ivoire à l’Assemblée nationale française dès 1945, ministre à plusieurs reprises dans divers gouvernements. De la IVe et du début de la Ve République. Fondateur du Rassemblement démocratique africain (RDA), il s’était imposé comme l’une des figures les plus influentes du processus de décolonisation.

Le 27 novembre 1960, moins de quatre mois après l’indépendance, il est élu président de la République de Côte d’Ivoire. S’ouvre alors un règne de 33 ans, ponctué de multiples réélections : 1965, 1970, 1975, 1980, 1985 et enfin 1990, la seule élection pluraliste de son pouvoir.

Architecte du « miracle ivoirien »

FHB

Les décennies 1960 et 1970 constituent l’apogée du modèle houphouëtiste. Portée par une politique libérale, des investissements massifs, un climat sécurisé et des relations privilégiées avec la France, la Côte d’Ivoire connaît une croissance soutenue, atteignant parfois plus de 10 % par an. Le pays attire capitaux, entreprises et travailleurs étrangers – notamment burkinabè – devenant un pôle de stabilité dans une région souvent troublée.

Café, cacao, bois, banane, ananas… Les cultures d’exportation explosent. Le pays se modernise, construit ses infrastructures, développe son industrie légère et renforce son système éducatif. C’est l’époque où naît l’expression « miracle ivoirien », symbole d’une prospérité rare dans l’Afrique des années 1960-1970.

L’ombre du pouvoir personnel

Mais derrière la réussite économique se cache un régime autoritaire. Le PDCI devient dès 1957 le parti unique. Arrestations massives, complots réels ou fabriqués, neutralisation de l’opposition, exil de figures contestataires comme Mockey ou Gbagbo, censure, surveillance politique : Houphouët-Boigny gouverne avec fermeté et ne tolère pas la remise en cause de son autorité.
Le « Vieux », respecté mais redouté, s’appuie également sur les réseaux français – notamment ceux de Jacques Foccart – pour maintenir son influence.

Les années de crise

À partir de 1978, la chute des cours du cacao et du café fragilise un modèle économique fondé sur les matières premières. Les dettes s’accumulent, la Caistab ne suffit plus à amortir les chocs, et la sécheresse de 1983-1984 aggrave la situation.
Dans les années 1980, le pays s’enfonce dans une crise sociale et économique profonde. Le régime, miné par la corruption, s’essouffle. Pour la première fois, des voix s’élèvent, notamment celles de Laurent Gbagbo et de Francis Wodié, figures emblématiques d’une opposition longtemps muselée.

Un héritage aux multiples facettes

Lorsque Houphouët-Boigny meurt le 7 décembre 1993, il laisse derrière lui un pays transformé, mais aussi confronté à des tensions qui exploseront quelques années plus tard.
Son successeur constitutionnel, Henri Konan Bédié, hérite d’un système politique centralisé, d’une économie affaiblie et d’une société déséquilibrée par des décennies d’immigration non régulée et de favoritisme régional.

Aujourd’hui, 65 ans après sa première élection, Houphouët-Boigny demeure une figure centrale du débat ivoirien :

  • pour certains, il est le Père de la Nation, le bâtisseur moderne, le précurseur du développement ;

  • pour d’autres, il est l’incarnation d’un pouvoir autoritaire qui a étouffé l’opposition et préparé les crises futures ;

  • pour tous, il reste un personnage incontournable, dont l’action continue d’influencer la Côte d’Ivoire contemporaine.

Entre mémoire et débats

En ce 27 novembre 2025, les hommages officiels, conférences historiques, débats universitaires et cérémonies traditionnelles devraient témoigner de la permanence de son empreinte. POUVOIRS MAGAZINE rend hommage au symbole majeur de l’histoire ivoirienne.

JULIEN BOUABRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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