23 novembre: : Gauthier Pasquet. le créateur de l’avatar ivoirien a aujourd’hui 33 ans

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Le 23 novembre marque l’anniversaire d’Aboubacar Sidikh Sylla, né en 1992 à Bouaké, connu sous le pseudonyme devenu célèbre de « Gauthier Pasquet ».

À seulement 33 ans, ce jeune homme du nord de la Côte d’Ivoire est devenu, presque malgré lui, l’un des visages les plus déroutants de la bataille numérique. Celle qui oppose aujourd’hui les opinions publiques d’Afrique de l’Ouest. Derrière un avatar ingénieusement bâti, il a incarné l’un des comptes X les plus influents – et les plus redoutés – de la région.

Un cyberactiviste devenu figure centrale de la désinformation

Pendant plus d’un an, le compte « Gauthier Pasquet » a rythmé les débats politiques en Afrique francophone. Publiant un mélange d’informations vraies, manipulées ou totalement infondées. Le compte, violemment critique envers la junte malienne et les autorités sahéliennes, semblait être l’arme numérique d’intérêts étrangers.
Longtemps, des rumeurs l’ont présenté comme un agent français, un relais pro-occidental. Voire une pièce dans l’affrontement stratégique entre Paris et Moscou.

En réalité, l’opération était bien moins sophistiquée qu’on l’imaginait. Depuis Abidjan, un jeune cyberactiviste ivoirien, l’orchestrait. Seul derrière son écran, maîtrisant parfaitement les codes du numérique et de la provocation politique.

La disparition soudaine du 16 juin 2023

Le 16 juin 2023, en milieu de journée, « Gauthier Pasquet » disparaît brutalement de tous les comptes qu’il administre.
Plus aucune publication, plus aucun message : le silence total.
Pour les observateurs, ce brusque effacement signalait soit une fuite précipitée, soit une arrestation imminente.

Quelques heures plus tard, la confirmation tombe : Aboubacar Sidikh Sylla est interpellé par les autorités ivoiriennes à Bouaké. Il sera ensuite entendu par la DST, mettant fin à des mois de spéculations.

Une identité façonnée grâce à un faux visage international

L’un des éléments les plus intrigants de l’affaire fut le choix de sa photo de profil. « Gauthier Pasquet » utilisait le visage du célèbre journaliste turc Can Dündar, exilé, défenseur des libertés publiques et figure emblématique de la presse indépendante.
Sylla avait sciemment usurpé ce portrait – reconnaissable entre mille – pour créer un personnage crédible, engagé, doté d’une autorité intellectuelle supposée.

Cette appropriation du visage d’un journaliste traqué par Ankara ajoutait une dimension internationale et dramatique à un simple avatar ivoirien.

Un parcours politique et numérique plus profond qu’attendu

Avant de devenir « Gauthier Pasquet », Aboubacar Sylla avait d’abord milité au sein de Générations et peuples solidaires (GPS), le mouvement de Guillaume Soro, avant de rejoindre le RHDP.
En août 2021, il fonde même une ONG ivoirienne, preuve qu’il cherchait déjà une existence publique structurée.

En août 2022, il transforme son identité numérique et adopte définitivement le nom « Gauthier Pasquet ».
Dans l’ombre, il animait plusieurs plateformes influentes, notamment l’une des pages Facebook de politique ivoirien. On cite même Bictogo. Et aussi le compte « La Voix du Faso », qu’il promouvait activement.

Une libération et un mystère toujours vivant

Après deux années d’incarcération, Sylla a été libéré et a regagné discrètement son domicile de Cocody.
Mais si l’homme est désormais connu, son avatar, lui, continue de hanter les débats numériques.
« Gauthier Pasquet » reste un symbole : celui d’un continent où un simple compte anonyme peut bouleverser l’opinion publique, fragiliser des régimes et alimenter une guerre informationnelle de plus en plus sophistiquée.

À 33 ans, l’histoire d’Aboubacar Sidikh Sylla n’est pas seulement celle d’un jeune homme attiré par la politique : c’est aussi celle d’un continent où la frontière entre militantisme, manipulation et influence devient chaque jour plus fine.

FATEM CAMARA

photo:dr

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