Dans une mise en scène mêlant rituel et politique, Anne Ouloto Lamizana annonce la candidature d’Ouattara aux gardiens des traditions.
Sous les feuillages d’un palais coutumier, les mots d’Anne Ouloto Lamizana résonnent, enveloppés de silences respectueux et de regards approbateurs.
La ministre d’État vient proposer plus qu’une candidature : elle vient sceller une alliance entre pouvoir moderne et mémoire ancestrale.
Le Cavally, longtemps marginalisé, devient un décor symbolique où se joue l’adhésion populaire à la vision d’Alassane Ouattara.
Des chefs coiffés de leurs attributs traditionnels écoutent, évaluent, bénissent. La scène est politique, mais l’instant, presque sacré.
À travers cette cérémonie, c’est la parole de l’État qui cherche ancrage, légitimité et enracinement dans les consciences locales.
L’héritage présidentiel y est vanté : écoles debout, poteaux électriques dressés, dispensaires ouverts et routes enfin tracées vers l’intérieur.
Pas un discours de campagne classique, mais une célébration subtile d’une gouvernance présentée comme proche, stable, rassurante.
La ministre évoque des réalisations concrètes, mais convoque aussi des symboles : paix durable, cohésion sociale et avenir commun.

Les chefs répondent par des prières.
Ils n’applaudissent pas ; ils acquiescent, silencieusement, pesant chaque promesse à leur manière.
Le rituel dépasse l’annonce. Il inscrit la candidature dans un récit partagé, entre passé glorifié et futur à protéger.
Le message se glisse dans les mots feutrés, les gestes mesurés, les bénédictions soufflées par les voix des anciens.
Dans cette scène, le politique cherche à s’habiller de sacré, pour convaincre sans brusquer, rassurer sans imposer.
La Côte d’Ivoire post-crise s’écrit ici dans une dialectique entre modernité affichée et fidélité aux coutumes vivantes.
Ouattara, absent physiquement, est omniprésent dans les discours : il incarne le lien entre l’État et ses périphéries.
La victoire évoquée n’est pas seulement électorale. Elle se veut morale, légitime, soutenue par les forces invisibles de la tradition.
Cette cérémonie politique aux airs de pacte mystique inscrit le Cavally dans une dynamique où l’héritage rencontre l’avenir.
Loin des salles de conférence, c’est sur la terre rouge des villages que se rejoue l’enracinement du pouvoir d’Abidjan.
Le choix des mots, des lieux et des acteurs montre que la politique ivoirienne continue de se nourrir du symbolique.
Dans ce théâtre sacré, c’est un message clair qui est transmis : la continuité ne s’impose pas, elle se bénit.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

