Avant la caméra, il y a la scène, rude, nue, implacable. Dans le laboratoire de Sidiki Bakaba, elle apprend que jouer n’est pas plaire, mais s’offrir.
Que chaque silence doit respirer. Que chaque geste peut devenir une vérité.

PLAN D’OUVERTURE — CONTREJOUR
Une silhouette avance dans un couloir de studio, lumière blanche derrière elle.
Elle marche comme on entre en scène : sans hésiter, sans bruit, sans revenir en arrière.
Cette silhouette, c’est Prisca Marceleney, celle qui transforme chaque pas en intention.
GROS PLAN — LE REGARD
Ses yeux portent des fragments de scènes anciennes :
les plateaux d’Abidjan, les salles de répétition brûlantes, les nuits d’écriture où les phrases dictent leur loi.
Son regard n’observe pas : il dirige.
Il cherche l’endroit où commence le vrai.
FLASHBACK — LE THÉÂTRE COMME PREMIÈRE FAMILLE
Avant la caméra, il y a la scène, rude, nue, implacable.
Dans le laboratoire de Sidiki Bakaba, elle apprend que jouer n’est pas plaire, mais s’offrir.
Que chaque silence doit respirer.
Que chaque geste peut devenir une vérité.
PLAN LARGE — ABIDJAN, MATRICE CINÉMATOGRAPHIQUE
Ville vibrante, ville miroir.
C’est là qu’elle naît, en juin 1981, là qu’elle découvre que la fiction peut sauver, consoler, ou détruire.
Les feuilletons américains deviennent ses premières écoles.
Les actrices y pleurent trop, mais elle, déjà, veut comprendre pourquoi elles pleurent.
CUT — PREMIERS RÔLES, PREMIÈRES ARMES
On la voit sur un plateau encore modeste, lumière trop dure, micro capricieux.
Elle joue Aïda dans Moussa Taximan, et soudain le cadre prend sens :
il y a ce calme étrange des débuts qui sont en réalité des révélations.
Son corps comprend la caméra avant que sa tête ne l’analyse.
PLAN SUBJECTIF — DÉCOUVRIR CARACTÈRE
Prisca ne joue pas les personnages :
les infiltre.
Elle entre sous leur peau, déplace leur respiration, habite leurs contradictions.
Elle n’a jamais été une actrice de façade ; elle est une actrice de chair.
TRAVELLING — LA TRANSFORMATION
Puis arrive ce jour où elle rase son crâne.
Non par provocation, mais par fidélité à un rôle.
Une métamorphose nette, comme un clap.
C’est un pacte qu’elle passe avec la vérité : le personnage avant l’ego.
PLONGÉE — LA PLUME, L’OMBRE, LA NUIT
Quand les plateaux se vident, elle écrit.
La lumière change, mais l’urgence demeure.
Scénariste instinctive, elle invente des mondes où les femmes ne s’excusent pas,
où la tradition converse avec la modernité sans complexe,
où l’Afrique ne copie jamais : elle crée.
INSERT — BABI PICTURES
Dans son bureau, des piles de scripts et un rêve bien rangé :
produire sans permission, avancer sans validation extérieure.
Babi Pictures devient son atelier, son abri, son arme.
Elle y fabrique ce que personne n’attend, mais que tout le monde finit par suivre.
PLAN POÉSIE — LE COUPLE-CRÉATEUR
Avec Jacques Trabi, la création devient dialogue.
Une conversation continue entre deux sensibilités qui se complètent comme deux plans séquence.
Ils n’ont pas construit une carrière :
ils ont bâti une cosmogonie artistique.
PLAN NARRATIF — NAISSANCE DE DR WLIKA
Entre ses mains, Dr Wlika n’est pas une série :
c’est une question posée au monde.
Peut-on guérir un patient sans guérir ce qu’il croit ?
Peut-on séparer la science de l’âme sans perdre l’essentiel ?
Son écriture marche sur une ligne fine, presque sacrée :
celle qui relie le rationnel au mystique.
CLAP — LA VOIX DE PRISCA
« J’ai grandi entre deux mondes,
celui des rituels anciens et celui de la médecine scientifique.
Je veux croire qu’ils peuvent se parler sans s’annuler. »
Cette phrase est un programme artistique.
Un manifeste.
Un acte de foi.
PLAN FEUILLES — L’AUTRICE
Son roman Bob Guié, un homme bien révèle sa part d’héritière,
celle qui cherche à comprendre d’où viennent les hommes qui nous élèvent.
Sa plume y explore les silences familiaux,
ces zones d’ombre où se cachent les vérités les plus brûlantes.
TRÈS GROS PLAN — L’ESSENCE
Prisca Marceleney n’est pas dans la lumière :
elle la fabrique.
Elle sculpte les émotions, tisse les récits,
et rappelle que le cinéma n’est pas une industrie :
c’est une lutte.
Une prière.
Une nécessité.
PLAN FINAL — L’HÉRITAGE
Elle avance encore, dans un autre couloir, celui des œuvres qui comptent.
Pas pour briller, mais pour déposer une trace.
Sa trace.
Celle d’une femme qui filme l’âme comme d’autres filment les corps.
Une artiste qui croit que le cinéma ne divertit pas : il répare.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
