Malgré les discours sur la transition énergétique, le pétrole continue de régner sur les économies africaines. Démographie galopante, faiblesse des énergies vertes, et dépendance financière freinent toute rupture réelle.
Le pic pétrolier mondial se profile, mais pas pour l’Afrique.
L’Afrique avance vers l’avenir avec un pied solidement ancré dans le passé énergétique du monde.
Alors que la planète prépare la décroissance du pétrole, le continent, lui, s’apprête à en consommer davantage.
Le pic pétrolier mondial, ce moment où la demande atteindra son sommet, reste encore lointain pour de nombreux pays africains.
Actuellement fixée autour de 104 millions de barils par jour, la demande globale devrait plafonner avant de décliner vers 2050.
Mais sur le continent, cette perspective paraît presque abstraite, tant les besoins énergétiques demeurent immenses et urgents.
Maher Hajbi, journaliste à Jeune Afrique, souligne que la démographie africaine change profondément la donne énergétique mondiale.
Il rappelle qu’en 2050, un humain sur quatre vivra en Afrique, moteur d’une croissance démographique sans équivalent.
Cette explosion de population impliquera plus de transports, d’industries, de logements, donc plus de pétrole consommé chaque jour.
Contrairement aux économies développées, où la demande décline, l’Afrique continue d’ériger l’or noir en pilier de sa modernité.
Même les pays producteurs affichent une dépendance quasi totale à cette ressource pour équilibrer leurs budgets nationaux.
Les énergies renouvelables, souvent brandies comme solution miracle, peinent encore à se déployer à grande échelle sur le continent.
Les barrages, les parcs solaires ou éoliens demeurent isolés, entravés par le coût des technologies et la faiblesse des infrastructures.
« Le potentiel africain en énergies propres reste largement sous-exploité », observe Maher Hajbi dans une analyse sans concession.
Tant que les États n’investiront pas massivement dans le vert, le règne du pétrole se prolongera naturellement.
L’Afrique subira alors les contradictions d’un monde en transition : produire pour les autres, consommer pour survivre.
Les multinationales, conscientes de cette inertie, redirigent déjà leurs capitaux vers les champs africains les plus prometteurs.
À l’horizon 2030, les investissements pétroliers et gaziers devraient atteindre près de 54 milliards de dollars.
Une somme colossale, qui illustre la confiance persistante dans le potentiel énergétique africain.
Pourtant, la promesse de la neutralité carbone reste un mirage lointain, presque théorique pour nombre de gouvernements africains.
Les financements promis par les pays du Nord tardent à se matérialiser, ralentissant toute transition vers des modèles durables.
Entre impératif économique et urgence climatique, l’Afrique avance sur une ligne de crête, fragile mais assumée.
Car sur ce continent jeune et en pleine mutation, le pétrole n’est pas qu’une ressource : c’est encore une espérance de développement.
JM AHOUSSY
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
