6 novembre: Dacoury Tabley, la cité dans la tourmente

1 mois

Il y a vingt-trois ans, le 6 novembre 2002, Abidjan sombrait un peu plus dans la terreur. Des hommes en uniforme sillonnaient la ville.

Enlevant et exécutant des citoyens soupçonnés de sympathie pour l’opposition.

Ce fut l’époque sombre des escadrons de la mort, où la peur s’installa jusque dans les foyers, où chaque silence nocturne résonnait comme une menace.

Le 6 novembre 2002 demeure gravé dans la mémoire collective ivoirienne comme l’un de ces jours où la République chancela sous le poids de sa propre violence.
Ce jour-là, au cœur d’un Abidjan enfiévré par les rumeurs de guerre et la méfiance généralisée, la mort se fit discrète mais méthodique. Des hommes vêtus de treillis — parfois de simples silhouettes surgies de la nuit — se mirent à frapper à des portes, à enlever des hommes sans mandat ni procès. On ne les revoyait plus, ou seulement quelques jours plus tard, leurs corps abandonnés dans les faubourgs, criblés de balles.

C’est ainsi que tomba le docteur Benoît Dacoury-Tabley, enlevé dans une clinique par des hommes en uniforme. Deux jours plus tard, on retrouvait son corps sans vie. Son seul tort : être le frère de Louis Dacoury-Tabley, ancien proche du président Laurent Gbagbo, qui venait de rallier la rébellion.
Cette tragédie personnelle s’ajoutait à une longue liste d’assassinats et d’enlèvements qui plongeaient la Côte d’Ivoire dans un climat d’effroi inédit.

Depuis septembre 2002, la violence n’avait cessé de s’intensifier.

Dans la nuit du 18 au 19 septembre, tout avait commencé : Émile Boga Doudou, ministre de l’Intérieur du président Gbagbo, était exécuté à son domicile par un commando rebelle. Quelques heures plus tard, l’ancien chef d’État le général Robert Gueï tombait à son tour, abattu, selon toute vraisemblance, par des éléments de la brigade antiémeute.
Ces deux morts symbolisaient déjà l’entrée du pays dans une ère de confusion où nul ne savait plus qui tuait, ni au nom de qui.

À partir de là, la peur devint quotidienne.
Les escadrons de la mort, terme jadis réservé aux tragédies d’Amérique latine, s’installèrent dans le vocabulaire ivoirien. La suspicion remplaça la confiance, la loyauté devint un risque, la parole, un danger.

Vingt-trois ans plus tard, la Côte d’Ivoire se souvient.
Elle se souvient de ces nuits sans sommeil où les familles priaient pour que l’on n’entende pas frapper à leur porte.
Elle se souvient de ces visages disparus, de ces cris étouffés dans le vacarme de la peur, de ces pages d’histoire que l’on aurait voulu ne jamais écrire.
Mais elle se souvient aussi pour ne pas oublier — car le souvenir, s’il est douloureux, demeure le seul rempart contre le retour du silence et de la terreur.

Ce 6 novembre 2025, nous rendons hommage à toutes les victimes de cette période trouble, à ceux qui ont payé de leur vie leur engagement, leur parole ou simplement leur proximité avec l’un des camps d’une guerre fratricide.
Que leur mémoire nous rappelle la valeur de la paix, de la justice et de la vérité — ces fondations fragiles mais essentielles d’une nation réconciliée avec elle-même.

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