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Autant chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite, autant chaque pouvoir a l’opposition qui le justifie.

Alassane Ouattara vient de remporter la présidentielle pour un quatrième quinquennat. Et son parti, le RHDP, s’engage, deux mois après l’élection, à réaliser un nouveau raz-de-marée lors des législatives du 27 décembre 2025.

Les planètes semblent alignées. Comme en 2015 et en 2020, le président sortant se succède à lui-même, malgré des manifestations. Il n’a pas divisé pour régner : il a simplement profité des guerres fratricides d’opposants incapables de s’unir. Au nom de cette sagesse africaine :

« La fourmi, par haine du cafard, vota pour l’insecticide. Ils furent tous anéantis, même le grillon qui s’était abstenu. »

Après sa défaite sur toute la ligne, l’opposition s’active pour participer aux prochaines législatives, en victimes expiatoires de sa panne de stratégie. Et de son aveuglement.

Un découpage électoral sur mesure

À la veille des législatives du 11 décembre 2011, auxquelles son parti avait refusé de participer, Laurent Akoun, alors secrétaire général intérimaire du FPI, tirait déjà la sonnette d’alarme :

« Sur 30 nouvelles circonscriptions créées (sur un total de 255), 16 sont situées au nord, au-dessus de Bouaké, région favorable au RDR d’Alassane Ouattara », dénonçait-il.

Le découpage électoral, en effet, a été taillé sur mesure pour garantir au parti au pouvoir une majorité mécanique à l’Assemblée nationale.

Les exemples sont légion. En 2022, Séguéla et Mankono (région du Worodougou) disposent chacune de quatre sièges pour respectivement 198 445 et 210 000 habitants, tandis que Yamoussoukro (district autonome) et Daoukro (région de l’Iffou) n’en comptent que trois, pour 300 000 et 112 188 habitants.
Kong (région du Tchologo, 87 929 habitants) et Divo (région du Lôh-Djiboua, 387 000 habitants) disposent, eux aussi, du même nombre de sièges : trois chacun.
Plus surprenant encore, Odienné-Samatiguila (région du Kabadougou, 100 264 habitants) bénéficie de cinq sièges, quand Adiaké (région du Sud-Comoé, 100 445 habitants) n’en a qu’un.

Des recommandations restées lettre morte

Après les législatives du 6 mars 2022, la Mission internationale d’observation électorale (MIOA), frappée par ce déséquilibre flagrant, recommandait de

« définir des critères clairs et objectifs pour un découpage électoral conforme à la législation ivoirienne et respectueux des standards internationaux ».

En vain. L’opposition a, depuis, multiplié les appels à une nouvelle configuration électorale, sans jamais être entendue.

Un Parlement sans contre-pouvoir

Ainsi, en 2021, le RHDP a presque tout raflé : 168 sièges sur 255 (65,88 %).
Le PDCI-RDA et le PPA-CI ont dû se contenter respectivement de 64 (25,09 %) et 18 (7,05 %) sièges.
Ces partis s’apprêtent à repartir au front, au risque de se conduire à l’abattoir, uniquement pour accompagner le pouvoir Ouattara dans une nouvelle législature sans véritable opposition.

Les députés de la législature mourante — à de rares exceptions — furent généralement des godillots.
La preuve : le 7 juin 2022, dans un consensus politique étonnant, les députés de la majorité et de l’opposition ont unanimement plébiscité Adama Bictogo, candidat du RHDP, au perchoir de l’Assemblée nationale.

F. M. Bally

photo:dr

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