Présidentielle 2025 : Silence imposé

8 mois

Le pouvoir verrouille la rue, interdit les voix dissidentes et criminalise toute contestation de l’exclusion de Gbagbo et Thiam.

La Côte d’Ivoire avance vers l’élection présidentielle sous haute tension, où la Constitution est relue à géométrie présidentielle.

À trois semaines du scrutin présidentiel, le gouvernement choisit l’option bulldozer : aucune marche, aucune voix, aucun remous toléré.

Le 2 octobre, le Conseil national de sécurité publie un communiqué tranchant : toute contestation électorale devient immédiatement un acte criminel.

Depuis l’exclusion de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, l’opposition multiplie les alertes, pendant que le pouvoir multiplie les interdictions.

Les décisions du Conseil constitutionnel, gravées dans le marbre présidentiel, sont désormais sacrées, intouchables, au-dessus des lois, du peuple, de Dieu.

Le Conseil national de sécurité accuse ouvertement certains leaders d’opposition de semer la haine, la division et des propos subversifs.

Dans cette logique, toutes les manifestations prévues pour dénoncer l’exclusion électorale sont interdites pour cause de « risques à l’ordre public ».

Le CNS précise que quiconque conteste la décision finale du Conseil constitutionnel s’expose à des sanctions judiciaires sans délai ni recours.

Le message est brutal, mais limpide : vous vous taisez, vous obéissez ou vous serez jugés et probablement emprisonnés.

Le PPA-CI et le PDCI, privés de leurs leaders respectifs, annoncent une marche citoyenne, immédiatement bloquée par la préfecture d’Abidjan.

Prévue initialement pour le 4 octobre, cette marche est reportée au 11 octobre, selon le PPA-CI, « par souci de paix ».

Le professeur Sébastien Dano Djédjé annonce ce report tout en dénonçant une dérive autoritaire qui vide la démocratie de son sens.

Il affirme que le combat continue, exige la libération immédiate de tous les prisonniers politiques arrêtés depuis les récentes mobilisations.

L’opposition parle d’une stratégie d’intimidation à grande échelle, orchestrée pour paralyser toute réaction face à l’agenda présidentiel imposé.

Pendant ce temps, Alassane Ouattara poursuit sa route vers un quatrième mandat, malgré la Constitution qui n’en autorise officiellement que deux.

Le Conseil constitutionnel affirme que la Constitution de 2016 remet les compteurs à zéro, permettant ainsi une nouvelle candidature présidentielle.

Pourtant, des milliers d’Ivoiriens ont déjà défilé dans les rues d’Abidjan pour rejeter cette lecture très « élastique » de la loi.

Le pouvoir autorise la compétition mais interdit le vrai débat, autorise les candidats mais exclut ceux qui pèsent lourd dans l’opinion.

Les candidats validés sont tous fragmentés, marginalisés, ou issus de ruptures internes aux grandes formations historiques désormais affaiblies.

Jean-Louis Billon, Simone Gbagbo, Don Mello, Henriette Lagou affrontent Ouattara dans une course dont le résultat semble déjà ficelé.

La démocratie ne meurt pas toujours dans le sang. Parfois, elle s’éteint lentement, à coup de circulaires, d’interdictions et de silences forcés.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

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