Six fonctionnaires ivoiriens en mission humanitaire ont été arrêtés fin août au Burkina Faso. Le capitaine Traoré évoque une violation territoriale.
Cet incident ravive les tensions entre Ouagadougou et Abidjan, sur fond de méfiances persistantes et d’accusations mutuelles de provocation.
Fin août, six Ivoiriens ont été arrêtés près de la frontière burkinabée, alors qu’ils étaient en mission d’identification humanitaire.
Les arrestations ont été opérées par des supplétifs de l’armée burkinabée, selon les déclarations du capitaine Ibrahim Traoré.
Dimanche soir, le chef de la junte a confirmé l’interpellation, accusant les agents d’avoir franchi illégalement la frontière nationale.
Selon Traoré, ces individus n’étaient pas de simples fonctionnaires, mais des agents menant des activités proches de l’espionnage.
« Ils ont franchi la frontière, ils sont là, on doit les entendre », a-t-il affirmé à la télévision d’État.
Le président burkinabé insiste : chaque franchissement non autorisé est considéré comme une menace à la sécurité nationale.
Selon lui, ces incursions répétées justifient des arrestations, même quand les personnes concernées se présentent comme civils ou humanitaires.
Le différend s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire depuis 2022.
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré par coup d’État, les relations entre les deux pays sont devenues de plus en plus tendues.
La junte burkinabée soupçonne régulièrement Abidjan de soutenir des actions hostiles ou d’espionner ses institutions.
Les deux pays partagent une frontière de 600 kilomètres, souvent mal tracée, où des incidents frontaliers se produisent régulièrement.
Ce n’est pas la première fois que des agents ivoiriens sont arrêtés pour avoir traversé la frontière sans coordination officielle.
Déjà en 2023 et en juin 2025, des gendarmes ivoiriens avaient été brièvement arrêtés pour des faits similaires, avant d’être relâchés.
Ibrahim Traoré estime que ces incidents répétés démontrent un manque de respect des procédures bilatérales et une mauvaise volonté d’Abidjan.
Il évoque aussi le décès du blogueur burkinabé Alino Faso, mort en détention en Côte d’Ivoire, comme point de rupture.
Alino Faso, accusé d’intelligence avec un État étranger, serait mort dans une structure non reconnue comme prison officielle.
Pour Traoré, cet événement prouve que la coopération sécuritaire entre les deux États reste profondément déséquilibrée et source de méfiance.
Selon lui, la Côte d’Ivoire n’a pas contacté Ouagadougou pour obtenir la libération des six agents arrêtés fin août.
Pourtant, mi-septembre, un porte-parole ivoirien avait affirmé que des discussions étaient en cours avec les autorités burkinabées.
Il espérait un retour rapide des agents auprès de leurs familles, mais rien n’a bougé, selon la junte au pouvoir.
La situation reste donc bloquée, et chaque camp campe sur sa version dans un climat de défiance toujours plus marqué.
FATEM CAMARA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

