Après le succès remarquable de deux vidéos totalisant 25 000 vues, cet expert en gouvernance revient sur l’intérêt croissant des internautes pour l’éthique, les normes modernes et les pratiques traditionnelles africaines.
Traoré Bakari analyse les défis actuels et présente les nouveautés de la troisième édition de son ouvrage consacré à la gouvernance d’entreprise en Afrique.
Votre vidéo a atteint 10 000 vues, puis 15 000 pour la seconde, soit un total de 25 000 vues. Comment percevez-vous cet intérêt pour vos propos sur la bonne gouvernance ? Vous y attendiez-vous ?
Je voudrais d’abord vous remercier de m’avoir donné l’occasion d’enregistrer ces deux vidéos et surtout de les avoir diffusées.
S’agissant du nombre de vues, j’avoue être à la fois surpris et heureux de constater que la bonne gouvernance et l’éthique intéressent de plus en plus les internautes.
Cela fait au moins vingt ans que je travaille sur les questions de gouvernance. J’ai consulté et exploité de nombreuses publications, ce qui me permet d’affirmer qu’il faut du temps pour convaincre de la nécessité d’une gouvernance efficace.
Au niveau des États et des organisations internationales, ce qui fait souvent défaut, c’est la mise en place de systèmes de gouvernance applicables au quotidien, assortis d’évaluations périodiques et de plans d’amélioration continus.
À titre d’exemple, pour pratiquer la comptabilité, il est indispensable de disposer d’outils adaptés et de les appliquer rigoureusement.
Malheureusement, en matière de gouvernance, d’éthique et de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), beaucoup d’organisations ne sont pas encore à ce niveau d’exigence.
C’est ici que les normes ISO deviennent essentielles : elles permettent de concevoir des systèmes, de les appliquer, de les évaluer et de les améliorer progressivement.
La gouvernance traditionnelle fonctionnait d’ailleurs selon un principe similaire : chacun connaissait les règles, les institutions, ses responsabilités, les interdits et les obligations communautaires. Chaque membre s’efforçait d’appliquer personnellement les bonnes pratiques et de veiller à leur respect par les autres.
J’espère que les prochaines vidéos connaîtront le même succès, car il est crucial de vulgariser à la fois les normes traditionnelles et modernes de la bonne gouvernance. C’est, à mon avis, ce qui a particulièrement intéressé les internautes.
À vous écouter attentivement, on réalise que l’Afrique ancienne pratiquait des règles de bonne gouvernance. Que s’est-il passé pour que tout se dégrade ?
À mon humble avis, il est nécessaire de revenir à une idée exprimée par feu le président
Félix Houphouët-Boigny.
Il disait que « l’Ivoirien devait avoir la tête dans la modernité et les pieds dans la tradition ».
En Afrique, le Botswana applique efficacement cette règle. La qualité de sa gouvernance est reconnue et le pays est souvent classé parmi les meilleurs du continent.
En Côte d’Ivoire, la Constitution intègre également cette approche. La création de la Chambre des Rois et Chefs traditionnels en est une illustration concrète.
Cependant, il faut reconnaître que de nombreux cadres ont perdu le contact avec leurs bases traditionnelles et n’ont plus accès aux bonnes pratiques de gouvernance héritées de nos sociétés anciennes.
Cette situation risque de s’aggraver si rien n’est entrepris pour réhabiliter ces pratiques dans les différentes régions du pays. Des émissions de télévision devraient être consacrées à cette thématique afin de sensibiliser les citoyens aux conséquences d’une déconnexion progressive avec leurs repères traditionnels.
Le vivre-ensemble et la cohésion sociale, dans les sociétés anciennes, reposaient largement sur ces mécanismes traditionnels de régulation. Nous devons en garder conscience.
Il serait également pertinent d’établir un répertoire de ces pratiques afin d’éviter leur disparition définitive.
Je profite de cette occasion pour rendre hommage à feu le professeur Zakpa Komenan, qui a profondément marqué ses étudiants à travers son enseignement sur les institutions traditionnelles.
Votre livre a connu un lifting dans sa troisième édition. Qu’avez-vous ajouté ?
Merci pour cette question.
Dans la troisième édition de mon ouvrage sur la gouvernance d’entreprise en Afrique, j’ai intégré plusieurs thématiques majeures que je n’avais pas suffisamment développées auparavant.
Parmi ces ajouts figurent :
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L’évaluation du conseil d’administration ;
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Le rôle du secrétaire du conseil ;
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Le droit de communication des administrateurs ;
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Les relations entre le directeur général et le conseil d’administration ;
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Les missions du conseil d’administration en matière de bonnes pratiques ;
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Le reporting extra-financier, la responsabilité sociétale et les critères ESG.
J’ai également enrichi cette édition par le partage d’expériences de dirigeants africains reconnus, notamment
Jean Kacou Diagou du groupe NSIA,
Daouda Coulibaly du groupe Atlantic Bank,
Cissé Sidiki de l’ANADER,
BRVM,
Abdourahmane Berthe de l’IPS-CGRAE,
ainsi que Mme N’Golo Coulibaly Mayélé, administratrice de banque.
Ces contributions permettent d’illustrer concrètement la mise en œuvre des principes de bonne gouvernance sur le terrain.
Interview réalisée par
Alex Kipré
photo:dr
Pouvoirs Magazine.

