Acta est fabula. La pièce est jouée. Rideau.
Ahoua Don Mello a réussi le test du parrainage citoyen pour être retenu comme candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. En revanche, le parrainage des trois principaux leaders politiques, auxquels il a voulu confier sa candidature, a tourné au fiasco.
Laurent Gbagbo, son mentor depuis l’époque du Mouvement ivoirien des droits démocratiques (MIDD, ancêtre du FPI et du PPA-CI). Et dont il peut être considéré comme le dernier des Mohicans, lui a tourné le dos.
Sa proposition de « candidature par précaution » a mis le feu aux poudres.
Elle visait à parer aux éventualités devenues réalités.
D’abord, pour rester fidèle à l’idée d’une transition pacifique vers la démocratie, chère à Gbagbo.
Ensuite, pour éviter de retomber, après une décennie de boycott improductif, dans la politique de la chaise vide.
Elle est comme un crime de lèse-majesté.
Et le PPA-CI l’a révoqué de sa fonction de vice-président exécutif.
De son côté, son « grand frère », Pascal Affi N’Guessan, lui a opposé une fin de non-recevoir :
« L’opposition cherche à se fédérer pour la bataille contre un quatrième mandat de Ouattara, pas derrière un candidat », a-t-il expliqué.
Néanmoins, c’est Me Blessy Jean-Chrysostome, avocat du PDCI-RDA et du président Tidjane Thiam, qui a défloré la raison principielle du désamour et du Don Mello bashing :
« Va régler ton problème au PPA-CI ; ne viens pas nous déranger ici », s’est-il emporté, le 17 septembre, avant de crever l’abcès :
« L’axe de l’Est n’est pas l’axe du PDCI-RDA. »
Le secrétaire exécutif de l’ex-parti unique chargé des questions juridiques travestit pourtant l’histoire politique de Félix Houphouët-Boigny, « avant-garde avancée du communisme en Afrique avec le RDA ». Et celle du PDCI-RDA, qui fut membre du Parti communiste français (PCF), donc de « l’axe de l’Est », sous Maurice Thorez.
Et malgré le désapparentement en 1951, Houphouët-Boigny n’a pas rompu avec la gestion communiste. Dans sa gouvernance, il a créé les SODE (Sociétés d’État), qui étaient des copies tropicales des Sovkhozes soviétiques.
Cette réaction vigoureuse de Me Blessy est donc manœuvrière. Et vise à corroborer les campagnes anti-Don Mello, comme celle fulgurante d’un internaute, le 27 août 2025 :
« Moi, s’il est élu, je quitte la Côte d’Ivoire. Je ne veux même pas entendre parler de la Russie en Côte d’Ivoire. » S’est-il acharné au post de Donatien Robé, titré : « Je suis pro-Gbagbo mais je voterai pour Don Mello. »
L’environnement pro-occidental et l’attachement quasi-viscéral à la France font alors apparaître Ahoua Don Mello comme un épouvantail.
Une brebis galeuse.
Il est, en effet, le conseiller spécial du patronat russe pour les investissements en Afrique. Et le premier vice-président de l’Alliance internationale des BRICS pour les projets stratégiques. Avec ces fonctions, il n’est pas en odeur de sainteté au PPA-CI, où il est accueilli sans ferveur ni enthousiasme.
Et pendant que toute la classe politique ivoirienne se dirige vers l’Occident pour l’adoubement, cet ancien membre du PCF sous Georges Marchais affiche sa complicité avec l’Ours russe. Et sa proximité avec le groupe des grandes puissances émergentes, les BRICS+ (bloc du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, élargi à l’Égypte, à l’Éthiopie, à l’Iran, à l’Indonésie et aux Émirats arabes unis).
Cette posture, revendiquée jusque dans son costume col Mao, l’a davantage mis en rupture de ban avec la direction du parti.
Son discours contre l’impérialisme occidental et ses accointances politiques ne sont pas perçus comme la meilleure carte de visite de Laurent Gbagbo. Pour retrouver, après avoir été qualifié d’infréquentable et exclu de l’Internationale socialiste, les cercles français et les officines occidentales.
Ainsi, tout comme Mamadou Koulibaly, débarqué en flèche du ministère de l’Économie et des Finances en 2001 pour avoir provoqué l’ire de la France en envisageant un « franc CFA flottant » — sujet toujours tabou —, Don Mello se place dans l’œil du cyclone. Sa détermination à être cohérent dans ses choix politiques et à défendre un projet alternatif lui coûte cher.
Aussi, ce militant de la première heure, qui connaissait une certaine ascendance, subit-il aujourd’hui la loi des trois L : lécher, lâcher, lyncher.
Contre les programmes de gouvernement qui observent l’impasse sur le joug occidental, Don Mello s’adosse au courant progressiste du socialisme. Tirant les leçons de la décennie du pouvoir de Gbagbo et de l’ingérence française, qui a scellé le sort de son régime.
Il se prononce en faveur de la dédollarisation d’un monde qui doit devenir multipolaire. Et milite pour la souveraineté politique et monétaire du pays.
Rentré de mission ce samedi, Ahoua Don Mello, à l’instar de tous les dirigeants politiques, se retrouve donc face à son destin et au suffrage des 8 727 431 électeurs.
Sans appareil politique et sans soutien des principaux leaders, il devra les convaincre par sa vision et son projet.
F. M. Bally
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

