Ahoua Don Mello parti : le Ppa-CI au bord de l’implosion stratégique

10 mois

Évincé du Ppa-CI, Ahoua Don Mello démissionne et dénonce une absence criante de stratégie électorale pour 2025. Derrière cette rupture, des tensions internes éclatent au grand jour.

Menaçant la cohésion du parti de Laurent Gbagbo à quelques mois de l’élection présidentielle.

Une fracture stratégique dissimulée explose à quelques mois de l’échéance présidentielle ivoirienne de 2025

Le climat devient invivable, les échanges stratégiques n’ont jamais abouti à une vision électorale commune pour le parti.
Dès juin 2025, l’absence de son nom sur la liste des candidats a cristallisé des tensions internes longtemps contenues.
Lui-même candidat déclaré à la présidentielle, Don Mello juge le parti incapable d’organiser une riposte crédible électoralement.


Il accuse les responsables de n’avoir ni stratégie, ni volonté d’en construire une face aux enjeux du moment.
« Le parti s’enfonce dans l’attentisme, sans boussole politique ni ligne de conquête du pouvoir », déplore l’ex-vice-président.
Les rencontres avec Laurent Gbagbo, Assoa Adou et Danon Djédjé n’ont jamais permis de trancher sur les options électorales.


Pour lui, la solution aurait pu venir d’une candidature alternative radicale pour soutenir une issue stratégique interne.
Les propositions autour d’inscriptions électorales ou de boycott tactique ont été écartées sans discussion ni débat approfondi.
Ahoua Don Mello dit avoir tenté en vain de convaincre ses camarades d’une approche réaliste et offensive pour 2025.
Il finit par conclure que le Ppa-CI n’est pas prêt à faire face aux défis de la présidentielle à venir.

Laurent Gbagbo pris « en otage », selon Ahoua Don Mello, par un cercle fermé et sans vision collective

« Camarade, tu es pris en otage par un groupe aux ambitions d’héritage politique, déconnecté de la base populaire », écrit-il.
Cette lettre, datée du 23 juillet 2025, sonne comme un acte d’accusation contre une direction jugée repliée sur elle-même.
Il critique un système opaque, sans dialogue structuré, où l’humiliation politique remplace la stratégie d’alternance.
Pour lui, Gbagbo est isolé, entouré de responsables plus soucieux de conserver un nom que de bâtir une vision claire.


Les membres désignés pour le rencontrer n’avaient, selon lui, qu’une obsession : valider une ligne molle, sans ambition politique.
La rupture n’est donc pas uniquement personnelle, elle symbolise une crise plus large de gouvernance stratégique au sommet.
Son limogeage le 31 juillet, officialisé par un communiqué du parti, n’aura fait qu’accélérer cette séparation inévitable.


Don Mello estime que son éviction témoigne d’un refus d’affronter les contradictions internes qui paralysent le Ppa-CI aujourd’hui.
Ce silence organisationnel masque mal une volonté de neutraliser toute voix dissonante dans la préparation des élections.
Il affirme néanmoins vouloir continuer à œuvrer pour une offre politique crédible au service du peuple ivoirien.

Une démission qui ouvre une brèche dans une structure déjà fragilisée de l’intérieur depuis plusieurs mois

Cette démission éclaire les tensions déjà palpables entre plusieurs courants idéologiques et stratégiques du Ppa-CI.
La direction actuelle semble ne pas avoir mesuré l’ampleur de la crise qui secoue son appareil organisationnel interne.
Justin Koné Katinan hérite de nouvelles responsabilités, notamment la promotion du panafricanisme, anciennement gérée par Don Mello.
Mais cette décision ne résout rien et risque de creuser davantage les lignes de fracture déjà visibles au sommet.


Le parti pourrait se retrouver sans véritable stratégie présidentielle, au risque de perdre son ancrage dans l’opinion nationale.
La méfiance entre les cadres et l’absence d’arbitrage clair affaiblissent dangereusement les perspectives électorales du parti.
La réconciliation semble possible, mais elle nécessiterait un sursaut collectif et une refonte complète des méthodes internes.
Don Mello laisse entendre qu’un plan alternatif pour 2025 pourrait encore émerger à condition d’un choc organisationnel profond.


Sans changement rapide, le Ppa-CI pourrait manquer son rendez-vous électoral majeur et sortir affaibli durablement du paysage.
Plus qu’une crise personnelle, il s’agit là d’un avertissement politique sur l’impasse d’un leadership sans vision commune.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE