Par un vote quasi unanime, l’Assemblée nationale tchadienne a validé l’allongement du mandat présidentiel, sans limite de renouvellement.
Un nouveau chapitre s’écrit dans la continuité du pouvoir, que porte Mahamat Idriss Déby Itno. Successeur de son père défunt.
Le Tchad s’engage dans une révision constitutionnelle aux conséquences majeures. On a acté la fin des limites présidentielles.
Le mandat passe officiellement de cinq à sept ans, avec une possibilité de renouvellement désormais illimitée dans le temps.
Un vote du 15 septembre 2025 a vu 171 députés sur 172 soutenir ce projet sans la moindre abstention.
Le Mouvement patriotique du salut (MPS), parti présidentiel, est à l’origine de cette initiative qui modifie la Constitution de 2023.
L’ensemble des changements doit encore franchir l’étape du Sénat, avant un ultime vote en Congrès le 13 octobre.
Une majorité qualifiée de trois cinquièmes y sera requise pour rendre cette réforme pleinement exécutoire et constitutionnellement valide.
Pour l’instant, le président de l’Assemblée insiste : il s’agit d’une prise en considération, non d’une validation définitive.
Le projet introduit aussi un poste de vice-premier ministre et prolonge le mandat des députés à six années.
Autre volet majeur : les ministres deviennent justiciables devant les juridictions ordinaires pour crimes économiques ou financiers présumés.
Cette réforme intervient peu après l’élection, en mai 2024, de Mahamat Idriss Déby Itno à la tête de l’État.
Fils du défunt Idriss Déby, Mahamat avait pris la tête d’une transition militaire controversée en avril 2021, après l’assassinat paternel.
Son élection avait officialisé un pouvoir déjà consolidé, suscitant critiques d’opposants et d’observateurs sur la sincérité démocratique du processus.
La réforme ouvre aujourd’hui un boulevard constitutionnel à une présidence sans horizon fixé, laissant craindre une personnalisation durable du pouvoir.
L’opposition y voit une tentative déguisée de verrouillage institutionnel et d’effacement progressif des contre-pouvoirs dans le pays.
On a condamné Succès Masra, figure dissidente, dans un climat politique toujours sous la répression et la suspicion.
La réforme survient dans un contexte de fragilité démocratique où la parole contradictoire semble de plus en plus muselée.
Le président Déby Itno pourrait donc, s’il le souhaite, gouverner indéfiniment, tant que le rapport de forces lui est favorable.
Reste à savoir si le Sénat validera ce texte sans résistance ou s’il surgira un sursaut démocratique inattendu.
Le peuple tchadien, lui, assiste à une transformation majeure de sa Constitution. Sans consultation directe ni référendum national annoncé.

