Le Professeur Abdou Touré, sociologue, universitaire, ancien ambassadeur de Côte d’Ivoire au Burkina Faso. Puis président du Conseil d’administration du Port autonome d’Abidjan, est décédé à Paris. C’était le mercredi 10 septembre 2025.
Son décès, qu’ont annoncé le ministre des Transports Amadou Koné, le directeur général Hien Yacouba Sié, et l’ensemble du personnel du port, marque une perte. Celle d’une figure majeure de la pensée critique ivoirienne et d’un artisan discret du dialogue sous-régional.
Un intellectuel au service du politique.
Né en Côte d’Ivoire, le Professeur Abdou Touré s’est très tôt illustré comme l’une des figures montantes de la sociologie ivoirienne. Auteur de plusieurs ouvrages fondamentaux dans les années 1980 et 1990. On peut citer La civilisation quotidienne en Côte d’Ivoire (1981), Les petits métiers à Abidjan (1985), ou encore Sacrifices dans la ville (1990). Il a étudié la société ivoirienne avec rigueur, engagement et un sens aigu de l’analyse critique.
Militant syndical au sein du Synares, il fut de ceux qui, à la fin de l’ère Houphouët-Boigny, portaient la voix d’une université ivoirienne vivante, revendicative et politiquement lucide.
Il s’était notamment illustré par sa capacité à incarner une position équilibrée entre dialogue, réforme et refus des violences.
A une époque où la jeunesse ivoirienne entrait en contestation ouverte.
Un conseiller politique proche de Ouattara.
Dans les années 1990, Abdou Touré se rapproche du courant réformateur du PDCI-RDA, puis devient l’un des artisans du RDR naissant. Il est alors un conseiller technique du ministre Vamoussa Bamba, avant d’intégrer le cercle rapproché d’Alassane Ouattara, pour qui il rédigera notamment l’un des textes fondateurs : Vivre ensemble, projet de société du futur président. En 2008, il lui consacre une biographie intellectuelle, Alassane Dramane Ouattara. Destin et liberté, où transparaît son admiration pour un homme qu’il dépeint comme humble, accessible, mais stratège.
L’ambassadeur du dialogue entre deux peuples: un homme de ponts
En avril 2011, alors que la Côte d’Ivoire sort douloureusement de sa crise post-électorale, Abdou Touré est nommé ambassadeur en poste à Ouagadougou. Dans une région secouée par des tensions historiques entre populations ivoiriennes et burkinabè. Non diplomate de carrière, mais homme de consensus et d’analyse fine, il saura incarner une politique de l’apaisement. Dans la lignée de ses engagements intellectuels. Il s’attachera à rétablir la confiance entre les deux États. Mais aussi entre les sociétés civiles profondément imbriquées.
Un dernier rôle au service de l’économie nationale.
Ces dernières années, depuis 2021 précisément, il occupait le poste de président du Conseil d’administration du Port autonome d’Abidjan. Une position stratégique au cœur de l’économie ivoirienne. Jusqu’à son dernier souffle, il aura continué à servir son pays, dans la discrétion, avec ce sens du devoir qu’on lui reconnaissait unanimement.
Avec la disparition du Professeur Abdou Touré, la Côte d’Ivoire perd un homme de pensée. De parole et de ponts. Sa trajectoire mêle la rigueur universitaire, l’engagement politique, et la diplomatie intelligente. Dans un contexte où la région continue de chercher les voies du vivre-ensemble, son héritage reste plus que jamais d’actualité.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

