On a libéré le Molare. Provisoirement.

10 mois

Après un drame routier aux lourdes conséquences, l’icône du coupé-décalé revient, libre mais changé. Peut-être. Ce qu’il dit, ce qu’il tait, et ce que cette tempête a révélé.

Il était vingt heures passées, ce 15 septembre 2025.
La nuit tombait sur Abidjan. Dans un coin discret de la capitale, un homme franchissait les grilles d’un monde clos. Il respirait l’air libre pour la première fois depuis soixante-trois jours. Ce n’était ni un inconnu, ni un anonyme. C’était Maury Féré Soumahoro, connu du grand public sous le nom de Molare, pilier des musiques urbaines ivoiriennes.

Mais ce soir-là, pas de micros tendus, pas de caméras. Seulement quelques mots posés sur les réseaux. Des mots sobres, choisis, pesés.

« J’ai recouvré la liberté. Provisoirement. À 20 h 30. »

Un accident. Un cri. Un silence.

Le 2 juillet 2025, un événement brutal brise la routine d’un quartier populaire d’Angré, dans la commune de Cocody.
Un véhicule lancé à vive allure, une perte de contrôle, un impact.
Une femme de 38 ans, Élise Tola, s’effondre. Le vacarme cesse, la douleur commence.
Transportée d’urgence, elle ne survivra pas. Ce n’est pas une scène de clip. C’est la réalité, implacable.

Le 17 juillet, la justice ordonne l’incarcération de Molare.


Une décision judiciaire qui choque, divise, mais s’impose. Pendant deux mois, l’artiste échange la scène contre une cellule, le bruit des foules contre le silence des murs. Il découvre une autre humanité : celle des prisons, faite de douleurs sourdes, de routines carcérales, de visages oubliés.

Mais dans ses mots, pas de rancune. Il parle d’humanité retrouvée, de jeunes détenus attentionnés, de prières partagées entre pasteurs, imams et aumôniers.
Il parle de Dieu, qu’il dit avoir croisé partout, y compris là-bas, derrière les murs.

Un deuil, une retenue.

Molare évoque Élise Tola, non pas avec la voix de l’artiste, mais avec celle de l’homme. Il parle de « pensée pieuse », de « familles soudées dans la douleur », et surtout, d’un respect profond pour ceux qui, touchés au cœur, ont choisi la dignité au lieu du vacarme médiatique.

Dans un monde de scandales et de buzz, leur silence fut un acte de grandeur.

Un engagement réaffirmé.

Le fondateur du PRIMUD, habituellement loquace, choisit de ne plus revenir sur l’affaire publiquement.
Il préfère regarder devant : parler de jeunesse, de culture, de paix, de cohésion sociale.
Comme s’il voulait reconstruire quelque chose, non pas sa carrière — elle tient debout — mais sa présence au monde, son rôle dans une société qui tangue.

Un retour sans triomphe, mais avec conscience.

Ce n’est pas un come-back, c’est un retour à soi. Une manière de dire que la liberté, une fois perdue, devient un luxe sacré.

Ce n’est plus tout à fait le Molare d’avant.
C’est un homme passé par l’épreuve, les larmes, la solitude.
Un homme qui sait désormais qu’aucune lumière ne brille sans ombre.
Et qu’une vie peut basculer en une seconde.

HARON LESLIE

photo:dr

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