Éléphants tués: la poudre blanche du braconnage

10 mois

Alors que les derniers éléphants de Côte d’Ivoire disparaissent dans l’indifférence générale, deux trafiquants ont été arrêtés à Divo avec plus de 30 kg d’ivoire.

Ce n’est pas une simple affaire de contrebande : c’est un nouveau chapitre de la guerre silencieuse menée contre la biodiversité, motivée par l’or blanc des savanes.

Éléphants tués, silence absolu

Deux sacs de riz. Cent kilos chacun. À l’intérieur : de l’ivoire scié, dissimulé comme on cache une arme du crime. Car c’en est une. Pas contre un homme, mais contre une espèce. Le mardi 9 septembre 2025, à Divo, deux hommes ont été interpellés pour avoir tenté de vendre illégalement plus de 30 kg d’ivoire – l’équivalent de la défense d’un éléphant adulte, probablement massacré quelque part entre les forêts du Liberia et les pistes poussiéreuses de la Côte d’Ivoire.

Le scénario est tristement classique. L’un des suspects transportait la cargaison dissimulée dans des sacs de riz, espérant échapper aux radars. L’autre attendait, quelques kilomètres plus loin, prêt à conclure un deal qui coûte la vie à une espèce entière. Cette fois, ils ont été pris. Mais combien d’autres passent entre les mailles du filet chaque jour, en Côte d’Ivoire et ailleurs ?

Un réseau bien huilé, une complicité transfrontalière

Ce n’est pas un petit trafic de quartier. L’ivoire vient du Liberia. Il a franchi la frontière sans bruit, jusqu’à Divo, où les trafiquants espéraient une meilleure marge. Une fois de plus, l’éléphant est victime de la porosité des frontières, de l’avidité des hommes et de l’effondrement d’un système censé le protéger.

C’est grâce à la coopération entre l’Unité de lutte contre la criminalité transnationale (Uct), la Police forestière et l’ONG Eagle-Côte d’Ivoire que ces deux individus ont pu être arrêtés. Mais faut-il vraiment saluer cette victoire ponctuelle, alors que la guerre globale semble perdue d’avance ?

Un crime écologique majeur, puni… peut-être

Transférés à Abidjan, les deux suspects risquent une peine de 10 à 20 ans de prison et jusqu’à 100 millions de francs CFA d’amende. Une sanction sévère, à la hauteur du crime ? Peut-être. Mais la question demeure : punir les maillons visibles suffit-il, quand les têtes du réseau, les financeurs, les acheteurs et les politiques corrompus restent intouchables ?

Des chiffres qui glacent le sang

En Afrique, entre 20 000 et 30 000 éléphants sont tués chaque année pour leur ivoire. Cela fait en moyenne 60 morts par jour. Des animaux majestueux, décimés pour nourrir une demande lointaine, souvent asiatique, où l’ivoire se vend comme un symbole de pouvoir, de richesse ou de superstition.

En Côte d’Ivoire, il ne resterait qu’entre 200 et 600 éléphants. Oui, dans tout le pays. Et à peine une centaine d’entre eux vivraient encore dans le parc national de la Comoé. Le reste ? Braconné, déplacé, affamé ou chassé par l’agriculture industrielle et la destruction de son habitat naturel.

Une guerre contre le vivant

Ce trafic n’est pas une simple affaire de contrebande. C’est un attentat écologique, un crime contre la nature. L’éléphant n’est pas une marchandise. Un symbole. C’est un ingénieur des écosystèmes. Un animal qui pleure ses morts et se souvient des siens. Et nous ? Nous le tuons, morceau par morceau, sac de riz après sac de riz.

Tant que le monde fermera les yeux sur la demande, tant que les États hésiteront à appliquer leurs propres lois, tant que la corruption permettra à l’ivoire de voyager plus librement qu’un citoyen honnête, le massacre continuera.

Plus jamais « seulement » 30 kilos

Il ne faut plus parler de « saisie de 30 kg d’ivoire ». Faut dire : un éléphant tué. Il faut dire : des écosystèmes affaiblis. Faut dire : un patrimoine national volé.
Car derrière chaque défense tranchée, c’est un poumon de la Terre qui s’arrête de respirer.

JM AHOUSSY

photo:dr

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