Prochain président ivoirien: l’histoire a montré que l’imprévu a ses droits

10 mois

Dans une période marquée par les tensions institutionnelles et l’attente d’une autorité, le futur président devra être à rassembleur. Intègre et porteur d’un récit mobilisateur à la fois.

En politique, la grandeur d’un chef d’État se mesure davantage à son respect des idées. Et des symboles qu’à sa capacité à écraser la critique.

L’élection présidentielle d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire se déroule dans une atmosphère particulièrement tendue. Le président sortant Alassane Ouattara brigue un mandat de trop selon ses détracteurs et bon nombres d’observateurs. Un mandat indispensable seront ses proches et lui-même eu égard aux défis du pays. Ce mandat est soutenu par une réforme constitutionnelle entérinée en 2016. Suscitant de vives critiques qualifiant la manœuvre d’« entorse à l’alternance démocratique ». Plusieurs figures de l’opposition, parmi lesquelles Tidjane Thiam (PDCI), Laurent Gbagbo qui ne sont pas étrangères à cette exclusion rendue possible par leur négligence ou auto-surestimation ont été disqualifiées. Sur fond de litiges juridiques ou de restrictions administratives. Soro et Blé Goudé également. Ce qui renforce les accusations de verrouillage du système et fragilise la crédibilité du scrutin.

Dans toute démocratie digne de ce nom, la fonction présidentielle exige une posture supérieure.

Ouattara l’affiche. Pas son entourage. Posture apaisée, à l’abri des emportements. Un Chef n’a pas le droit de « déverser sa bile » sur les intellectuels ou les penseurs. Sur les activistes et de façon systématique : cet excès révèle moins une conquête qu’une faiblesse. En effet, celui qui se positionne en adversaire des esprits critiques signe un engagement, contrairement à ce qu’on croit avec la fragilité. Non avec la force. Car le véritable pouvoir se construit par le dialogue, non la brimade. Il se manifeste par la capacité à valoriser certaines références. A faire de chaque geste ou silence un symbole choisi — consciente que tout mot prononcé, ou retenu, devient matière à mémoire collective.

Le prochain chef d’État devra démontrer un sens élevé du symbole. Il ne s’agit pas d’imposer, mais de rassembler, de se hisser au-dessus des différentes forces politiques plutôt que de les écraser. Dans un contexte où la rue guette la moindre faille, la communication présidentielle ne doit être ni agressive ni clivée. Mais empreinte de dignité et d’équité intellectuelle.

Un garant d’institutions justes et transparentes

Alors que l’opposition réclame des réformes électorales structurantes — révision des listes électorales, transparence des résultats par bureau, dialogue politique inclusif, le futur président doit être celui qui engage enfin ce processus. Il doit restaurer la confiance dans l’indépendance de la Commission Électorale Indépendante (CEI) et du Conseil Constitutionnel.

Les acteurs politiques — RHDP, PDCI, FPI, PPA‑CI, MGC — multiplient les candidatures, mais aussi les critiques de la mobilisation démocratique Une victoire ne doit pas ressembler à une « coronation », mais à un mandat conféré par le peuple, assorti d’une promesse ouverte de redevabilité. Le citoyen doit sentir que son pouvoir est temporaire, basé sur la confiance et non l’institutionnalisation.

Économiquement, la Côte d’Ivoire affiche une croissance robuste — entre 6,5 % et 7 % de 2021 à 2023 —, avec une capacité institutionnelle reconnue (notation Ba2 stable par Moody’s et BB- par Fitch). Le prochain président devra capitaliser sur ces acquis. Tout en réformant le système pour lutter contre la corruption, (loin d’être un défaut, un réflexe désormais)) entamée, consolidée dans les indices régionaux et renforcer la résilience face aux menaces sécuritaires.

Le futur président de Côte d’Ivoire a besoin d’incarner l’autorité par la sagesse, l’ancrage institutionnel et la justice sociale. Il devra dépasser les fractures du passé pour refonder la légitimité du pouvoir dans l’équilibre, la transparence et l’efficacité, convaincant que la présidence est une servitude avant d’être un privilège.

En Côte d’Ivoire, la surprise est souvent l’autre nom de la nécessité historique.

Cependant, malgré l’avance affirmée et palpable du RHDP avec une machine électorale rodée, une présence d’État et une dynamique de continuité, rien n’est joué d’avance. Le prochain président de la Côte d’Ivoire ne sera pas uniquement le produit des calculs politiques, des partis ou des chiffres. Il sera — ou ne sera pas — celui qui saura surprendre par sa posture, son récit, et sa capacité à incarner un tournant.

Même dans les systèmes verrouillés, l’histoire a montré que l’imprévu a ses droits. L’exemple d’un Emmanuel Macron en France, ou d’un Bassirou Diomaye Faye au Sénégal récemment. Ou en Côte d’Ivoire loin de la politique, dans le foot lors de la Can en atteste : l’émergence peut contourner les structures établies quand une faille s’ouvre dans le récit dominant. Et la Côte d’Ivoire a connu une faille en 1993 avec l’arrivée de Bédié. En 1999 avec l’arrivée de Guéï. Pour 2000 avec Gbagbo. En 2005 avec le maintien de Gbagbo. Pour 2011 avec l’arrivée de Ouattara. En 2020 avec le maintien de Ouattara. Rien n’est impossible. Avec Ouattara ce sera une faille. Sans lui encore un faille.

Dans le contexte ivoirien, où les partis traditionnels suscitent à la fois fidélité et lassitude, le profil du prochain président pourrait bien dérouter, transcender les clivages. Et émerger sur un autre registre que celui de la simple appartenance partisane.

Le futur président, s’il veut être légitime et durable, ne peut pas être une fabrication de coulisses ou un héritier désigné.
Il devra conquérir, convaincre, incarner — et surprendre.

C’est pourquoi il est plus juste de dire :
ce président n’est pas encore tout à fait né dans l’opinion. Il se révèlera, par éclats successifs, par contrastes inattendus.
Il devra séduire là où on ne l’attend pas, parler à ceux qui ne votaient plus, incarner ce que les autres ont cessé d’être.

En Côte d’Ivoire, la surprise est souvent l’autre nom de la nécessité historique.

AK

photo: dr

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