Et si le Rhdp (re) donnait le pouvoir à Gbagbo..

1 an

Depuis son retour de La Haye en 2021, Laurent Gbagbo n’a jamais semblé aussi affaibli physiquement, et pourtant, jamais aussi présent politiquement.

Sa voix est lente, son corps marqué, son verbe moins tranchant. Mais ce relâchement apparent masque mal une réalité plus profonde. Gbagbo continue d’exister dans l’espace politique non pas à cause de ses actions, mais à cause des choix – ou erreurs – du pouvoir en place.

Car en misant sur un contrôle absolu du jeu politique, le Rhdp a rouvert l’espace à un adversaire neutralisé. En fermant la porte à toute alternance claire, en réduisant le champ des candidatures sérieuses. En maintenant un climat verrouillé, le pouvoir actuel a redonné vie à une figure que les années et les procès auraient dû reléguer à l’arrière-plan.

Une présence faible, mais suffisante

Gbagbo n’a pas de programme détaillé, neuf ou moderne. Ni de parti solide – le PPA-CI peine à prendre corps nationalement. Et le FPI historique ne lui appartient plus.

Et pourtant, il mobilise. Des foules continuent de venir simplement pour « le voir ». À Ficgayo, récemment, des milliers de personnes se sont déplacées. Pour quoi ? Pas pour un projet. Ni un programme de gouvernance. Pour une silhouette. Un souvenir. Pour de la bravoure.

Selon une enquête du CEPA (juin 2025), 61 % des électeurs de plus de 45 ans associent encore Gbagbo à la dernière “vraie” alternance. Ce chiffre, à lui seul, est un signal. L’homme, même diminué, reste une archive vivante de la contestation. Et à l’échelle d’une démocratie fatiguée, cela suffit.

Un mythe nourri par le vide politique

Il faut dire que le RHDP a vidé le jeu politique de ses repères classiques. Guillaume Soro est hors-jeu, Blé Goudé marginalisé, Tidjane Thiam affaibli par des décisions judiciaires. Le multipartisme ressemble aujourd’hui à une façade. Et dans ce désert, Gbagbo apparaît, par contraste, comme le dernier opposant encore debout. Même s’il dandine.

Le paradoxe est là : ce n’est pas Gbagbo qui devient plus fort, c’est le pouvoir en place qui le rend visible, en éradiquant toute alternative crédible. En cela, le Rhdp lui redonne, sans le vouloir, du pouvoir.

Gbagbo, opposant par nature

Depuis ses débuts, Gbagbo n’a jamais été un homme de gouvernance. Il est fait pour s’opposer, contester, incarner la rupture. Lorsqu’il réagit à Ouattara avec des déclarations courtes – “Il ne fera pas de quatrième mandat” – il ne propose rien, mais il occupe le terrain. Et ça fonctionne Lorsqu’il parle de “reprendre Koumassi” après une marche du RHDP que Kandia Camara propose sur Abobo, il ne mobilise pas une base. Mais une mémoire.

Son capital politique est affectif, pas technique. Il parle à l’émotion collective, pas à la raison électorale. Ne rassemble pas des cadres, mais des déçus. Il ne bâtit pas, il rappelle. Et dans une époque saturée de frustrations, cela suffit parfois.

En face

En face, le pouvoir se dit trop solide (C’est bouclé, géré). Le RHDP avance vers 2025 avec une posture de favori. Mais en surestimant la faiblesse de ses adversaires. Trop d’assurance dans un contexte tendu crée de la crispation. À force de verrouiller le jeu, on crée une demande de brèche.

Et si cette brèche porte le nom de Gbagbo, ce ne sera pas par enthousiasme. Ce sera par lassitude.

ERIK FOFANA

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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