Ce 5 septembre, à 19h Bee Joe embrase la scène, au Jacobleu Art Gallery au 2 plateaux sur le Bvd Latrille, avec des mots acérés et une voix habitée.
Narrateur davantage que Poète, il ne réclame ni ne force la rime. Prophète, passeur d’âme, il incarne un slam qui cogne, qui soigne, mais toujours avec foi. Dans ses textes, l’Afrique parle, saigne, aime et parfois… menace de tuer.
Une voix chantonnante pleine d’inflexions, un corps traversé par le verbe, comme électrocuté par chaque syllabe qu’il envoie.
Ses mots, parfois tendres, souvent tranchants, portent la colère des ruelles, la mémoire des trahisons, et l’espérance d’un peuple épuisé.
Pendant plus d’une heure et demie, il déroule une vingtaine de textes : des cris, des murmures, des jugements, des échos de douleur et d’humour noir.
Parmi eux, il y aura peut-être, ce moment glaçant où il glisse une réplique tirée de son poème Tchéni n’bé na faga :
« Cet homme, je vais le tuer. »
Une femme malinké, possédée par la rage, y tient le sexe de ce phallocrate misogyne en main, et crache cette sentence comme une gifle aux puissants.
Un texte violent, mais juste. Douloureux, mais nécessaire.
C’est ça Bee Joe. Il habite l’intime, le politique, le poétique, avec une seule obsession : faire vibrer la conscience.
Parle aux jeunes, leur dit de ne jamais plier, de ne pas fuir.
Parle aux dirigeants, les pousse face au miroir, exige qu’ils assument.
« Non au tous coupables. Il y a bien des responsables. »
Ce refrain claque comme un verdict. Chaque vers fouille la plaie.
« Après s’être remplis de vins et de mets exquis,
on ne vide pas sa panse avec le rectum d’autrui. »
Bee Joe, c’est l’âme d’un peuple en survie.
C’est la scène comme confessionnal.
C’est le slam comme évangile parallèle.
UN SLAM QUI A FOI EN L’HUMAIN
Il ne prêche pas, mais il croit.
Il ne bénit pas, mais il élève.
Son micro est un minbar, son souffle un psaume de ruelle.
Il sait que les peuples souffrent.
Mais il refuse qu’on dise qu’ils sont tous coupables.
Il exige qu’on nomme les responsables.
Et que ceux qui détiennent le gouvernail ne rejettent pas la faute sur les rameurs.
L’HOMME DERRIÈRE LE VERBE
Bee Joe, c’est aussi l’enseignant, le passeur, le frère des jeunes slameurs, celui qui a tenu tant de mains,
celui qui a porté la voix d’un continent pillé comme un masque Baoulé dans un musée de Berlin. il eut à tendre la main à Placie Konan.
Il est l’Afrique qui parle d’elle-même.
Le poing et la caresse.
Il est le poète qui ose dire ce que beaucoup taisent.
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

