Thiam: l’argument politique cède la place…

9 mois

Au lieu d’évaluer les idées et les projets des candidats, certains préfèrent exhumer des éléments biographiques tronqués pour discréditer.

L’acharnement contre Tidjane Thiam illustre cette stratégie bien rodée : substituer la suspicion à l’argumentation, l’anecdote à l’analyse.

Lorsque le débat politique se détourne de l’analyse des idées pour s’enliser dans la mise en cause de parcours individuels, il révèle moins les failles du candidat visé que les craintes réelles qu’il suscite. L’attaque qu’on dirige contre Tidjane Thiam, s’appuyant sur une relecture partiale de faits passés à l’étranger, en dit long sur l’état de la scène politique ivoirienne. Et sur la fébrilité face à l’émergence d’une figure capable de rompre avec l’ordre établi.

L’insinuation remplace l’analyse

L’article intitulé « Révélations sur les mic-macs du président du PDCI » s’inscrit dans une tradition désormais bien connue. Celle de la disqualification par le soupçon. À aucun moment il n’est question de confronter Tidjane Thiam sur la solidité de son projet politique. Ni d’évaluer sa capacité à gouverner à l’aune des défis contemporains de la Côte d’Ivoire. On lui oppose, en lieu et place, un récit réchauffé de ses années à la tête d’un établissement bancaire international. Récit tronqué, orienté, vidé de ses nuances et de sa substance.

Une démocratie adulte ne devrait pas craindre le passé de ses prétendants. A condition que celui-ci soit analysé avec rigueur, honnêteté et contextualisation. Ici, il ne s’agit ni de comprendre ni d’informer, mais d’associer par insinuation, d’instruire un procès moral. Et surtout, de détourner le regard du fond pour le fixer sur la forme. Un artifice rhétorique aussi vieux que la politique elle-même.

L’affaire dite “Spygate” : une responsabilité jamais établie, un soupçon instrumentalisé

La volonté de déstabiliser Tidjane Thiam se base sur une affaire interne à une banque suisse.  Elle est survenue dans un écosystème et selon des logiques étrangères à la culture administrative et politique ivoirienne. Il ne s’agit pas de minimiser les dérives de gouvernance observées au sein du Crédit Suisse durant cette période. Mais réduire cette crise complexe à une responsabilité personnelle de Thiam revient à faire injure à la vérité.

La FINMA, autorité suisse de surveillance des marchés financiers, n’a jamais établi la responsabilité directe de Tidjane Thiam dans la mise en place des dispositifs d’espionnage dénoncés. Son nom ne figure dans aucun acte de poursuite, aucune sanction, aucun blâme juridique. Ce que l’on veut faire passer pour un “aveu” repose sur une déclaration ambiguë, faite dans un contexte de tension, devant un conseil d’administration peu favorable — une phrase décontextualisée, instrumentalisée, vidée de sa portée réelle. Le reste relève de la pure spéculation.

La vérité est simple : aucune charge légale n’a jamais été retenue contre lui. Et pourtant, on continue de bâtir un soupçon sur l’absence même de preuve — ce qui, dans un État de droit, est tout simplement inacceptable.

Deux poids, deux mesures : l’éthique publique à géométrie variable

Il est frappant de constater que les gardiens autoproclamés de la morale publique face à Tidjane Thiam demeurent singulièrement silencieux lorsqu’il s’agit d’évoquer les conflits d’intérêts, les enrichissements troubles, les affaires de surfacturation ou de captation d’actifs publics auxquels d’autres figures politiques ont été associées — sans conséquences.

Quid des privatisations déguisées ? Des ventes suspectes de biens publics ? Des collusions d’intérêts entre sphères économiques et familiales au sommet de l’État ? Quid des fonds placés dans des juridictions opaques ? Ou encore des rapports accablants d’organismes internationaux sur la gouvernance ivoirienne de ces dix dernières années ?

La morale, lorsqu’elle est brandie comme une arme politique sélective, perd toute crédibilité. Elle devient suspecte quand elle s’acharne sur un individu tout en fermant les yeux sur des pratiques autrement plus préjudiciables au corps républicain.

JULIEN BOUABRE

photo: dr

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