Henriette Adjoua Lagou entre officiellement dans la course à la magistrature suprême, portée par une volonté de paix et de justice sociale.
Malgré une parole forte, un livre manifeste et une vision affirmée, le doute persiste : simple figure symbolique ou réelle prétendante au pouvoir ?
Une femme politique ivoirienne vient de poser un acte fort en déposant sa candidature pour l’élection présidentielle prévue le 25 octobre.
Henriette Adjoua Lagou, cheffe du Groupement des partenaires politiques pour la Paix, a remis son dossier à la Commission électorale indépendante.
Devant les membres du secrétariat permanent de la CEI, elle a exprimé sa confiance, sa fierté et son engagement indéfectible pour la paix.
Son programme s’articule autour de trois priorités : démocratie effective, réconciliation nationale et amélioration des conditions de vie des citoyens.
En soulignant sa position de femme candidate, elle a posé une question simple mais puissante : « Pourquoi pas une femme, cette fois ? »
Elle appelle à rompre avec les violences politiques passées et plaide pour une approche apaisée et responsable de la vie publique ivoirienne.
Cette candidature féminine suscite l’espoir d’un renouveau mais soulève aussi la crainte d’une représentation de façade dans un système verrouillé.
Henriette Lagou a récemment publié un ouvrage intitulé Pourquoi pas une femme ?, véritable manifeste pour l’égalité et la légitimité féminine.
Le livre revient sur les luttes, les sacrifices et les obstacles endurés par les femmes pour exister dans le champ politique africain.
À travers 166 pages intenses, elle raconte l’effacement, la résistance et la résilience des femmes confrontées à un système profondément masculinisé.
La couverture du livre, symbolique, montre une silhouette féminine discrète, isolée, mais debout sur fond rouge : une femme qui s’affirme.
Ce n’est pas qu’un récit personnel mais un appel collectif, une interpellation directe à la société ivoirienne toute entière.
Elle y affirme qu’il est temps de repenser la place de la femme, non comme soutien, mais comme actrice centrale du changement.
Malgré son engagement profond et son rôle à la tête du GP-PAIX, regroupant quatre partis politiques, les doutes sur sa portée demeurent.
La société politique ivoirienne, encore dominée par les hommes, ne laisse que peu de place à l’émergence de voix féminines crédibles.
En 2025, aucune femme n’a encore exercé les plus hautes fonctions dans le pays, malgré les discours sur l’inclusion et la diversité.
Même investie à Daoukro et saluée dans sa région de l’Iffou, sa candidature pourrait être reléguée au rang d’exception tolérée.
Dans ses discours, elle insiste sur la responsabilité collective et sur l’urgence de bâtir un avenir serein pour les générations futures.
Mais cette volonté affichée peut-elle suffire à renverser les logiques de pouvoir, de clientélisme et de reproduction politique en place ?
L’histoire retiendra-t-elle Henriette Lagou comme une pionnière ou comme une nouvelle illustration du plafond de verre politique en Afrique ?
MARIE GNIALET
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

