Choguel Kokalla Maïga, ancien chef du gouvernement malien, a été inculpé et incarcéré. Dans un contexte de répression politique croissante, son sort illustre la fragilité des figures civiles dans une transition confisquée par les militaires.
L’ex-chef du gouvernement malien Choguel Maïga a été arrêté, puis inculpé pour détournement de fonds publics et faux documents officiels.
Sa garde à vue remonte au 12 août, date à laquelle plusieurs anciens collaborateurs ont également été interpellés par la justice financière.
Le mandat de dépôt prononcé le 19 août scelle officiellement son sort, sans qu’aucune date de procès ne soit encore fixée.
Selon le parquet, les accusations visent plusieurs milliards de francs CFA liés à des irrégularités financières pendant son passage à la primature.
Neuf de ses proches collaborateurs ont comparu avec lui : certains acquittés, d’autres inculpés, le reste encore sous enquête judiciaire.
Son avocat, maître Cheick Oumar Konaré, affirme que son client reste confiant et attend sereinement le déroulement du procès annoncé.
Avant sa disgrâce, Maïga fut une figure centrale du Mouvement du 5 Juin, opposé au président déchu Ibrahim Boubacar Keïta.
Nommé premier ministre en 2021 par la junte, il dénonçait récemment son isolement et l’opacité croissante des décisions militaires.
Il s’opposait à la prolongation du pouvoir de la junte au-delà de mars 2024, date prévue pour les élections démocratiques promises.
Ce désaccord politique profond pourrait bien expliquer l’acharnement judiciaire dont il semble désormais faire l’objet, selon certains observateurs.
Depuis 2020, le pouvoir militaire au Mali consolide son autorité par des mesures répressives contre l’opposition et la société civile.
Des partis politiques dissous, des journalistes menacés et des arrestations ciblées ont réduit drastiquement l’espace de liberté publique malienne.
Dans ce contexte autoritaire, chaque voix discordante se voit muselée, poursuivie, voire effacée du paysage politique national sans explication claire.
L’éviction de Maïga vient s’ajouter à une longue série de règlements de comptes politiques orchestrés par le régime en place.
La promesse initiale de transition démocratique s’éloigne, alors que l’armée s’ancre durablement au pouvoir au nom du souverainisme national.
Militairement, Bamako a rompu avec ses partenaires occidentaux, notamment la France, privilégiant une alliance stratégique nouvelle avec la Russie.
Le discours officiel prône l’indépendance nationale, mais le pays s’enfonce dans une instabilité sécuritaire et économique sans issue claire.
Depuis 2012, le Mali affronte une guerre asymétrique contre des groupes armés jihadistes, communautaires et criminels dans plusieurs régions du pays.
Cette crise sécuritaire persistante se double d’une gouvernance fragilisée, accentuée par les dérives autoritaires et la marginalisation des forces civiles.
Le cas Choguel Maïga pose une question : peut-on réellement parler de transition lorsque le pouvoir refuse toute forme de partage ?
Les institutions judiciaires sont-elles encore indépendantes, ou deviennent-elles des instruments de neutralisation des opposants sous couvert de légalité ?
Alors que les défis s’accumulent, la réponse politique du régime semble davantage fondée sur la répression que sur le dialogue inclusif.
La transition, censée redonner le pouvoir au peuple, ressemble de plus en plus à une confiscation prolongée sous uniforme kaki.
JULIEN BOUABRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

