À trois mois de la présidentielle, le procureur Koné Braman Oumar lance un avertissement menaçant sur la liberté d’expression. Derrière l’argument juridique, un message politique se dessine : taisez-vous, ou subissez la loi.
Décryptage d’un discours au parfum de contrôle.
Le procureur ne rappelle pas seulement la loi : il installe un climat de crainte dans un moment crucial pour la démocratie.
Son insistance sur les risques pénaux ressemble moins à un rappel juridique qu’à une volonté de dissuasion politique ciblée.
Sous couvert d’encadrer, Koné Braman restreint. Ce discours jette une ombre sur la neutralité de l’appareil judiciaire en période électorale.
Les journalistes sont traités comme des menaces potentielles, alors qu’ils sont un rempart essentiel contre les dérives du pouvoir.
En fustigeant les réseaux sociaux, il désigne un bouc émissaire populaire pour détourner les regards des vrais fauteurs de trouble.
La liberté d’expression est subordonnée à une « responsabilité » floue, laissée à l’interprétation discrétionnaire du parquet.
L’absence de mise en garde contre les discours haineux venus du pouvoir révèle une justice à sens unique.
Cette sortie n’est pas anodine : elle sert un narratif d’ordre et de contrôle, au bénéfice des autorités en place.
Le ton martial utilisé criminalise par avance toute forme de contestation, même pacifique ou légitime.
Rien n’est dit sur la protection des journalistes menacés ou agressés, preuve d’un deux poids deux mesures inquiétant.
Plutôt que d’éduquer ou d’éclairer, ce discours punitif participe à l’étouffement progressif de l’espace civique.
Koné Braman se positionne en gardien de l’ordre, mais oublie que son rôle est aussi de garantir les libertés fondamentales.
En ne rappelant pas l’équilibre entre liberté et responsabilité, il légitime une lecture autoritaire de la loi.
L’intervention laisse penser que la parole citoyenne est un problème à surveiller, plutôt qu’un droit à protéger.
Cette posture risque de pousser certains à la clandestinité numérique, nourrissant la méfiance envers les institutions.
À la veille d’un scrutin majeur, ce genre de discours pourrait alimenter tensions, frustrations et radicalisations.
Le message est clair : le parquet sera vigilant, mais visiblement pas équitable, ni impartial.
Une telle communication unilatérale empêche un dialogue national sur les conditions d’un débat démocratique serein.
L’ambiguïté du propos ouvre la porte à toutes les interprétations… et aux dérives potentielles du pouvoir judiciaire.
Ce discours du procureur marque un tournant : la loi n’est plus un rempart, mais une arme de dissuasion préventive.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

