En cette Journée mondiale des éléphants, la Côte d’Ivoire se regarde dans le miroir d’un symbole malmené. Le pachyderme, force tranquille, devient aujourd’hui métaphore d’un pays qui peine à se rassembler, à se préparer, à se projeter.
Entre joutes politiques stériles, CAN à venir mal embarquée et football local négligé, les Éléphants – qu’ils soient politiques ou sportifs – semblent jouer à se faire peur… au détriment de toute une nation.
En Côte d’Ivoire, l’éléphant est plus qu’un animal. Il est une figure totémique. Est puissance, il est mémoire, il est patience. Il est aussi politique. Et ce 12 août, Journée mondiale des éléphants, tombe dans une étrange saison : celle où les éléphants se battent entre eux.
À deux mois d’une élection présidentielle qui s’annonce lourde de tension, les mastodontes du paysage politique ivoirien rejouent, avec les mêmes visages, la vieille danse de la peur. Ils s’accusent, se surveillent, se dénigrent. La jeunesse, elle, regarde le spectacle sans y croire vraiment. Elle a appris que la force ne garantit pas la sagesse. Et que chez nous, les éléphants politiques se trompent de jungle : ils écrasent au lieu d’ouvrir la voie.
Mais l’autre jungle, celle du stade, n’est pas mieux en ordre.
À cinq mois de « notre » CAN 2025, les Éléphants footballeurs sont eux aussi en déséquilibre. On est sur notre terre, on est les champions en titre, et pourtant on avance en claudiquant. Le sélectionneur Jean-Louis Gasset parti, Emerse Faé, héros par intérim devenu titulaire, est désormais confronté à une attente féroce. Ses choix sont déjà critiqués : manque de continuité, absence de cap clair, flou autour de la stratégie. On le sent surveillé, lesté, sans vrai mandat populaire.
La Fédération ivoirienne de football, de son côté, n’échappe pas aux reproches. Le football local est marginalisé. On ne lui fait pas confiance. Les championnats nationaux sont peu valorisés, mal financés, parfois ignorés. Comment bâtir une équipe nationale forte, quand les racines locales sont négligées ? Un éléphant sans racines, ça devient une bête errante.
La CAN 2025 se profile donc dans la confusion. Alors qu’on devrait aborder la compétition comme les grands favoris, on semble déjà en défense, déjà en doute. Il manque une vision. Manque une colonne vertébrale. Manque cette assurance qui transforme un titre en dynastie. Il ne suffit pas d’avoir battu le Nigeria en février pour régner sur l’Afrique.
En politique comme en football, le pachyderme ivoirien semble perdre de sa majesté. Il est malmené par ses propres enfants. Ceux qui devraient l’honorer en font un emblème fatigué. Mais attention : quand l’éléphant tombe, c’est toute la forêt qui tremble. Et cette forêt, c’est nous. Notre peuple, notre jeunesse, notre avenir.
Il est encore temps de redonner à ce symbole sa grandeur. Mais il faudra arrêter de jouer avec lui. On compte sur la Côte d’Ivoire.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

