Le 28 juillet marque la mort de deux grands musiciens : Bach et Vivaldi. Malgré les siècles et la distance, leurs œuvres trouvent un écho en Afrique, en Côte d’Ivoire.

Des artistes africains comme Yodé & Siro, Manu Dibango, Ray Lema ou Richard Bona, prolongent leur souffle à leur manière.
Le 28 juillet, on se souvient de deux grands noms de la musique classique : Jean-Sébastien Bach et Antonio Vivaldi.
Bach, mort en 1750, jouait de l’orgue comme personne et écrivait des musiques très complexes mais pleines d’émotion.
Vivaldi, disparu un 28 juillet aussi, en 1741, était un génie du violon et composait des musiques énergiques et joyeuses.

Tous les deux ont fait briller la musique baroque, mais avec des styles différents : l’un plus sérieux, l’autre plus enjoué.
Bach cherchait Dieu dans ses notes ; Vivaldi, lui, racontait la nature, la lumière, la vie qui bouge tout autour.
Bach écrivait comme on construit une cathédrale ; Vivaldi faisait danser les instruments comme le vent dans les arbres d’été.
Pourtant, leurs inspirations venaient aussi du peuple, des chants simples, des musiques de rue qu’ils ont rendus magnifiques.
Ce lien avec le quotidien rappelle l’Afrique, où musique et vie sont toujours ensemble, dans chaque geste, chaque parole.

Un balafon africain, avec ses rythmes croisés, pourrait parler à Bach comme un vieux frère jamais rencontré.
Une kora aux sons clairs et rapides aurait sûrement plu à Vivaldi, avec son amour des mélodies légères.
En Côte d’Ivoire, certains griots comme Zêrê de Papara jouent en répétant les motifs. Comme Bach dans ses célèbres variations sur un même thème.
Le violon rapide de Vivaldi fait penser à la fougue d’un joueur de n’goni en pleine transe musicale.
Et leur musique continue de vivre aujourd’hui, dans les écoles, les orchestres africains, les concerts, les mélanges avec d’autres styles.

Ray Lema joue du piano avec des sons congolais, comme si Bach lui-même lui avait montré quelques secrets.
Richard Bona, avec sa basse, crée des mélodies riches et profondes, proches de ce que Bach écrivait en secret.
Manu Dibango, avec son saxophone, soufflait une musique lente, chaude, qu’on pourrait imaginer signée Antonio Vivaldi dans une autre vie.
Ces artistes africains ne copient pas Bach ou Vivaldi : ils prolongent sciemment, subconsciemment, ou par télépathie leur esprit, à leur façon, avec leurs racines.

À Abidjan, de jeunes étudiants de l’Insaac apprennent aujourd’hui Bach, tout en écoutant aussi Ernesto Djédjé. Et Yodé & Siro dans la même journée.
Yodé & Siro, avec leur zouglou engagé, jouent avec les mots comme Bach jouait avec les notes d’un orgue.
Leur façon de parler du quotidien, avec rythme et structure, rappelle les formes musicales qu’utilisait Bach dans ses œuvres.
Et leur duo, deux voix qui se répondent, fait penser aux jeux d’écho dans la musique baroque la plus savante.
Même dans le rire ou la critique sociale, on sent chez eux une précision, un sens musical très travaillé.
L’Afrique ne fait pas que recevoir la musique classique : elle la transforme, l’absorbe, en fait quelque chose de vivant.
Les musiques africaines, souvent à cinq notes, rejoignent certaines gammes que Bach aimait explorer avec son clavier.
Et Vivaldi, avec ses rythmes rapides, aurait sûrement dansé au son des tambours ivoiriens sans le moindre effort.
Le 28 juillet ne marque pas seulement la mort de deux hommes : il rappelle que leur musique vit encore ici.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
