Thiam: « Si ça va si bien, pourquoi la Côte d’Ivoire est le 3e demandeur d’asile en France »

11 mois

Face aux tensions politiques croissantes, Tidjane Thiam dénonce la violence verbale, l’absence d’alternance démocratique et la dérive autoritaire.

Il appelle à une transition pacifique et républicaine, fondée sur le respect, la justice et la vérité. L’heure, selon lui, est au sursaut démocratique.

« Il ne faut plus continuer à prendre les Ivoiriens pour des idiots, ils voient parfaitement ce qui se passe réellement.
La multiplication des fronts communs dans l’opposition montre clairement la gravité de la situation politique actuelle en Côte d’Ivoire.
Nous voulons ancrer notre pays dans une alternance démocratique saine, respectueuse des lois et du peuple souverain de Côte d’Ivoire.
Partout où les peuples ont résisté à l’alternance, les pays ont sombré dans la crise, la misère et la violence.
Les classements internationaux de la démocratie sont sans appel : la Côte d’Ivoire est 107e, très loin derrière le Ghana, Sénégal, et Liberia.
Le Ghana est classé 50e, le Sénégal 69e, le Liberia 78e, pendant que notre pays reste considéré comme autocratique.
Depuis plusieurs mois, un groupe de quatre personnes s’acharne publiquement à m’injurier sans jamais m’avoir rencontré ou dialogué.
Je ne comprends pas cette obsession, cette hargne, cette violence dirigée contre quelqu’un qu’ils ne connaissent absolument pas personnellement.


Voir des ministres ou hauts responsables s’abaisser à injurier un citoyen est un comportement totalement indigne de leurs fonctions.


Ce type de violence verbale publique devient un catalyseur dangereux qui contribue à aggraver les tensions déjà existantes dans le pays.
Quelles que soient les divergences politiques, il est toujours malheureux d’en arriver à des arrestations ou à des menaces personnelles.
Mon directeur adjoint du protocole reçoit aujourd’hui des menaces sérieuses, et cela montre une dérive sécuritaire préoccupante et alarmante.
Pendant qu’on vante un paradis en Côte d’Ivoire, le pays est paradoxalement le troisième plus grand demandeur d’asile africain.
Il est extrêmement rare que les gens fuient un paradis pour aller s’installer ailleurs dans des conditions parfois très précaires.
C’est une contradiction majeure : si tout va bien, pourquoi autant de citoyens cherchent-ils désespérément à quitter leur propre pays ?
Je tiens à préciser que mon nom n’a jamais été, et ne sera jamais, associé au Conseil National de Transition.
Il est temps de ramener de la dignité, du dialogue et de la vérité dans la vie politique de notre nation.
Notre pays mérite mieux que la peur, les insultes et la violence. Il mérite une démocratie réelle et des institutions fortes.
L’alternance n’est pas une menace, c’est un droit démocratique fondamental, une respiration nécessaire pour toute nation libre et juste.
L’histoire ne pardonne pas aux peuples qui ferment les yeux : c’est maintenant qu’il faut agir avec responsabilité et courage »

JULIEN BOUABRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

DU MEME SUJET

Cacao : le Ghana ébranle le géant ivoirien

La chute brutale des prix au Ghana menace l’équilibre fragile de la

Les bourses africaines : moteurs méconnus de la croissance économique

Les marchés boursiers africains, bien que modestes comparés aux places mondiales, représentent